Une base doctrinale, mais pourquoi ?

L’Association des Groupes Bibliques Universitaires de France est dotée d’une base doctrinale à laquelle tous ceux qui souhaitent devenir membres de l’association doivent adhérer. Pourquoi une telle base existe-t-elle ? Est-elle vraiment nécessaire ? Pourquoi parler de base doctrinale plutôt que de confession de foi ? Faisons un petit détour historique pour répondre à ces questions et pour mieux apprécier ses principes doctrinaux.

Une brève histoire des confessions de foi

De tous temps, les chrétiens ont cherché à formuler l’essentiel de leur foi dans une déclaration (relativement) brève. L’une des plus anciennes confessions de foi est le « credo » ou « symbole des apôtres »[1]. On pense qu’elle est liée au baptême. Lors de la cérémonie, les candidats devaient répondre à une série de questions. « Crois-tu en Dieu ?  Je crois en Dieu, tout puissant etc. ». Ainsi, le symbole[2] est formulé à la première personne, « Je crois ». Son intérêt est de permettre à l’individu de formuler sa foi de manière claire et concise.

Les choses vont évoluer avec les grandes professions de foi qui suivront. Celles-ci seront formulées lors de conciles œcuméniques, grands rassemblements des évêques de toute la chrétienté. L’Église est, en effet, très tôt menacée par les hérésies. Le besoin se fait sentir d’organiser ces conciles pour trancher les questions de doctrine. Par exemple, le concile de Nicée[3] va affirmer la pleine divinité du Fils face à Arius qui affirmait que le fils était divin et créé en même temps. La confession de foi qui en est issue a pour objectif de formuler la doctrine de l’Église. Elle trace la frontière entre ce qui est hérétique et ce qui est la droite pensée de l’Église devenue officielle. Plus positivement, elle est une affirmation collective de la foi. Elle commence, cette fois, par « Nous croyons », il s’agit de proclamer la foi ensemble dans l’Église entière.

Des siècles plus tard, avec la réforme protestante, une profusion de nouvelles confessions de foi vont apparaître. La réforme se fait en rupture avec l’Église catholique, mais pas seulement puisque la logique de rupture va continuer au sein du protestantisme où plusieurs courants vont naître en opposition les uns aux autres. Chaque courant va alors développer sa confession de foi pour y affirmer ses convictions fondamentales. Il y a la confession d’Augsburg pour les luthériens, de la Rochelle pour les réformés français, de Westminster pour les anglicans, de Londres pour les baptistes-calvinistes, etc[4]. Les confessions de foi vont s’allonger en formulant les articles de foi de manière détaillée et développée mais aussi polémique et par conséquent durcissent les contours de la foi considérée comme orthodoxe dans chaque Église. Elles deviennent des marqueurs identitaires qui accompagnent la multiplication des confessions protestantes. Mais ces identités construisent les unes contre les autres : lorsqu’on n’est pas d’accord, on crée une nouvelle confession. C’est une logique qui perdure malheureusement de nos jours mais qui n’est heureusement plus la seule logique.

Au 18 et 19èmes siècles vont avoir lieu des réveils qui vont produire des mouvements missionnaires, des sociétés bibliques, des œuvres sociales, des mouvements de jeunesses de tendance évangélique et souvent interdénominationnels qui vont aboutir à la création en 1846 de l’Alliance Évangélique Mondiale qui a pour but de promouvoir l’Évangile et les liens fraternels entre évangéliques. D’autres mouvements internationaux vont suivre et un siècle plus tard, c’est l’International Fellowship of Evangelical Students (Union des Groupes Bibliques Universitaire) qui naîtra. On prend conscience qu’on peut être frère et collaborer ensemble sans être d’accord sur tout. Les « confessions de foi » de ce genre de mouvement international sont beaucoup plus courtes. Elles cherchent à distinguer les points les plus fondamentaux des points importants mais qui ne justifient pas de se séparer entre évangéliques. On ne trouve, par exemple, pas d’article sur la question du baptême. Elles sont une manifestation de la prise de conscience d’une identité évangélique et du désir d’unité de ce mouvement, plutôt que des querelles.

Les confessions de foi ont accompagné l’histoire de l’Église au cours des siècles. Elles ont servi de résumé de la foi de l’Église, pour exprimer, avec les mots de chaque époque, les vérités révélées par la Bible. Elles ont aussi servi de cris de ralliement pour distinguer l’hérésie de l’orthodoxie puis pour se distinguer entre les différentes confessions. Et aujourd’hui avec les mouvements interdénominationnels, certaines ont le rôle de base de coopération.

La base doctrinale des GBU

Les Groupes Bibliques Universitaires ont un texte qui fait office de confession de foi mais qui s’appelle une base doctrinale[5]. Plusieurs raisons expliquent ce choix de vocabulaire. L’expression confession de foi évoque les Églises or les GBU ne sont pas des églises mais un mouvement étudiant interdénominationnel qui a pour but de faire découvrir la Bible et par elle l’Évangile. Elle est une association qui a une mission précise. Elle a donc besoin de définir une base, un socle commun à partir duquel on doit se mettre d’accord pour travailler ensemble afin de mener à bien cette mission. La base doctrinale constitue ce socle en ce qui concerne les convictions théologiques fondamentales. Dans une Église, la confession de foi constitue ce qui doit être cru et va constituer la base de ce qui est enseigné, au GBU, elle est un principe de collaboration.

La base doctrinale est, d’une certaine manière, minimale. Elle présente ce qui est considéré comme les vérités minimum et indispensables pour collaborer pleinement ensemble. Minimale mais dans le cadre du mouvement évangélique. Ainsi, on affirme l’importance et l’autorité des écritures et la place centrale de la croix. Par contre, on ne trouve pas d’affirmation en ce qui concerne les thèmes qui divisent les évangéliques entre eux, comme le baptême, la prédestination, le parler en langue, les dons de l’Esprit, etc.

Au final, la base doctrinale des GBU, comme beaucoup de confession de foi, est un indicateur de son identité : une œuvre qui a pour but d’annoncer le message de la Bible.

[1] Texte du Credo : https://fr.wikipedia.org/wiki/Symbole_des_ap%C3%B4tres

[2] Symbole = formulaire abrégé des articles de foi fondamentaux

[3] Texte du Symbole de Nicée-Constantinople : https://fr.wikipedia.org/wiki/

[4] Une petite recherche google permet facilement de trouver ces textes qu’il est bon d’avoir lu au moins une fois dans sa vie.

[5] Qui est la même que l’IFES et dont le texte se trouve sur : http://www.creusonslabible.fr/?p=2994

Facebooktwittermail

You may also like...

1 Response

  1. Bonjour !

    Petite coquille : La Confession de Westminster n’est pas un standard doctrinal de l’anglicanisme, mais du presbytérianisme insulaire. La confession de foi de l’anglicanisme, c’est les “Trente-neuf articles de religion”.

    À part de ça bravo et merci pour votre site que je continue de découvrir.

    Tribonien

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *