La vocation en question

par Reynald Kozycki, pasteur à Paris.

« Je vous exhorte donc… à marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée » Ep 4.1. Qu’est-ce que la vocation ? C’est ce que Reynald Kozycki nous fait découvrir à partir de plusieurs exemples bibliques.

Un groupe de jeunes d’une Église évangélique avait été interrogé à « bulletin secret » sur ce que chacun voyait comme ses principaux buts dans la vie. La grande majorité se projetait dans un travail agréable et bien payé, un conjoint rempli de qualités, une voiture plutôt de marque allemande… Aucun n’avait pensé à y inclure Dieu et sa volonté.

Comment envisager notre vocation sur cette terre ? Le mot résonne de façon différente selon les personnes ou le contexte. Le Petit Robert propose trois usages : 1) mouvement intérieur par lequel on se sent appelé par Dieu ; 2) inclinaison, penchant pour une profession ; 3) destination, mission… Nous traiterons un peu des trois usages.

Dans la Bible, la vocation correspond au mot « appel » (klésis), appel, avant tout, à connaître le Dieu vivant et à le servir. On pourrait distinguer deux types d’appels : l’un assez large adressé au plus grand nombre, auquel finalement peu répondent : « Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » (Mt 22.14) ; et l’autre irrésistible, celui des « élus » : « Ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés » (Ro 8.30).

Lorsque Paul s’adresse aux Éphésiens, il rappelle la solennité de cette vocation. Chaque chrétien authentique a été appelé un jour, suite à un choix de Dieu, avant même la fondation du monde, selon un plan qui s’accomplit sous son contrôle mystérieux (Ep 1.4-11). Cela n’ôte pas la nécessité d’entendre l’Évangile et d’y placer sa confiance (1.13). La réponse à cet appel nous fait passer de la mort à la vie en nous unissant au Christ (2.1-8). Nous sommes alors créés à nouveau en Jésus-Christ pour les bonnes œuvres qu’il a préparées d’avance (2.10). Nous qui étions loin, sans espérance et sans Dieu dans ce monde, nous sommes rapprochés par le sang de Christ pour former un seul Corps (2.12-18). Nous devenons, avec les autres croyants, l’habitation de Dieu en Esprit (2.22). De cet appel découle toute l’orientation de la vie du chrétien. Il cherche à vivre l’exhortation de Paul : « Ne soyez pas inconsidérés, mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur » (5.17). Il sait que ce ne sont pas « ceux qui disent Seigneur Seigneur qui entreront dans le Royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté du Père » (Mt 7.21).

Le chrétien répond à l’appel de Dieu à entrer dans une vie nouvelle en Christ afin d’accomplir les œuvres préparées d’avance. Elles se déploient souvent dans la profession, la vie de famille, l’Église et par des vocations spéciales.

Profession

Même si la crise économique actuelle réduit les possibilités de travail, le chrétien se préoccupera de discerner la volonté de Dieu dans ce domaine. Le choix des études, quand on peut en faire, correspond assez souvent à des domaines où l’on se sent un peu plus à l’aise. Le travail n’est pas seulement une obligation alimentaire, mais permet aussi de vivre sa vocation : « Quel que soit votre travail, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur, et non pour les hommes, sachant que vous recevrez du Seigneur l’héritage en récompense. Le Maître, c’est le Christ; vous êtes à son service » (Col 3.23-24 TOB). Les talents que nous avons reçus peuvent fructifier dans le travail. C’est souvent un lieu préparé par le Seigneur pour être sel de la terre en cherchant à donner un exemple d’une vie transformée par la grâce de Dieu. Nous avons aussi des occasions d’être lumière du monde, en sympathisant plus avec certaines personnes et en témoignant de notre foi.

Famille

Beaucoup sont appelés à fonder une famille. L’unité dans le couple est déjà une œuvre divine : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a joint » (Mt 19.6). Les œuvres préparées d’avance s’accomplissent d’abord dans l’amour et le service mutuel à nos « premiers prochains » que sont le conjoint ou les (futurs) enfants. D’où l’importance de bien saisir les propos de Paul, même dans la recherche d’un conjoint : « Ne soyez pas inconsidérés, mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur ». Dans certains cas, le Seigneur appelle au célibat avec une possibilité d’investissement plus importante pour les autres (1 Co 7.17).

Vie d’Église

« Marcher d’une manière digne de votre vocation » prend toute sa mesure dans la vie d’Église. Nous sommes appelés à former un même corps avec les autres chrétiens et exercer les dons que Dieu nous a accordés pour l’édification de son Église. Le mot ekklesia est d’ailleurs un jeu de mots sur l’appel, il s’agit du rassemblement des appelés.

Notre vocation est d’être une pierre vivante dans l’édifice, un membre actif de son corps… Les principaux mandats de l’Église sont l’adoration, l’édification et le témoignage explicite ou indirect dans l’amour du prochain. L’Église commence par l’Église locale, mais elle peut se prolonger dans une structure plus large, une œuvre interdénominationelle comme les GBU avec l’objectif d’accomplir une partie de son mandat.

Et la « vocation spéciale » ?

Jésus appelle quelques-uns de ses disciples à « laisser les filets » pour devenir « pécheurs d’hommes » (Luc 5.10). Nos requêtes devraient aller dans ce sens : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson » (Mat 9.38). C’est un grand privilège que de répondre à ce genre d’appel, s’il nous est adressé. On commence en général à servir dans les occasions qui se présentent. Plusieurs « vocations spéciales » sont nées dans le service des GBU, des centres de vacances, du groupe de jeunes de l’Église…

En résumé, tous les chrétiens ont un appel-vocation à connaître et à servir Dieu en cherchant sa volonté. Ainsi ils accomplissent la vocation-mission qui leur est confiée en marchant d’une manière digne de l’appel qui leur est adressé.

 

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