L’EGO : ADVERSAIRE OU ALLIÉ DANS L’ENGAGEMENT POUR DIEU ?

Par Mike Evans, Enseignant à l’Institut Biblique de Genève, directeur général d’Évangile 21.

Introduction 

La philosophie et le langage de notre culture ont considérablement modifié notre notion du service pour Dieu. Trop souvent ce service est exprimé dans les termes de nos choix, du contrôle, du plaisir ressenti ou de la reconnaissance et de l’appréciation des autres. L’anthropocentrisme (l’Homme au centre) a remplacé le théocentrisme (Dieu au centre). Désormais, selon cette philosophie, Dieu existe pour notre plaisir, notre bien-être, y compris dans le service ! De manière très subtile, le vocabulaire peut induire en erreur, car tout en utilisant des termes tels que l’amour du prochain, le sacrifice, le don de soi etc. nous nous servons nous-mêmes plutôt que Dieu ! Au lieu de servir l’Église, c’est l’Église qui nous sert ou, plus précisément, sert notre égo ! 

Paul, dans sa toute dernière lettre, a bien capté la tendance lorsqu’il a écrit : « Sache que, dans les derniers jours, surgiront des temps difficiles. Car les hommes seront égoïstes… » (2Timothée 3 :1-2).

Comment sortir de ce cercle vicieux ? Deux réflexions parmi d’autres peuvent nous être utiles :

Le service dépend d’une conception juste du Dieu qui est servi !

Les trois premiers mots de la Bible sont d’une importance capitale : « Au commencement Dieu… » À partir de ces trois mots découle tout le sens de la vie. L’histoire biblique ne commence pas avec l’homme mais avec Dieu, il est au centre. Tout est par lui, de lui et pour lui. Dit autrement, Dieu a tout créé et tout lui appartient. Ce n’est que lorsque Dieu est au centre que tout trouve sa véritable place, et que notre vie prend du sens. 

Pratiquement, cela veut dire que tout existe pour son plaisir et sa gloire et, à cet égard, le premier article du catéchisme de Westminster doit nous interpeller :

Quelle est la principale fin de l’homme ? 

La fin principale de l’homme est de glorifier Dieu, et de jouir de lui éternellement.

Notre service doit être conçu à la lumière de ce constat. Paul, en écrivant aux Philippiens (2 :12-13) nous rappelle ce même principe, à savoir que notre obéissance ou notre service doivent être motivés par le désir de lui être agréable ou de lui faire plaisir. Nous ne servons ni par crainte de la sanction, ni par devoir ou légalisme, mais pour lui faire plaisir, par passion pour sa gloire ! 

Notre service est mesuré moins par les résultats que par la motivation. Travailler pour la gloire de Dieu et pour son plaisir met en relief les problèmes qui découlent de notre ego.

Une illustration de la vie de Jésus s’impose. Avant de démarrer son service après son baptême, Jésus est conduit par le Saint-Esprit dans le désert où il est tenté pendant quarante jours. Trois tentations seulement nous sont rapportées et chacune fait appel à l’ego : satisfaire ses appétits physiques, rechercher le pouvoir et la gloire, prouver son identité. À chaque fois Jésus répond en affirmant la centralité de Dieu et de sa Parole. 

Oublier que nous servons uniquement pour la gloire de Dieu et son plaisir aboutira à un service pour notre gloire et notre plaisir.

« Puisque chacun a reçu un don mettez-le au service des autres…afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié… » (1Pierre 4 :10-11)

Le service dépend d’une conception juste de l’homme qui sert

Le « Au commencement, Dieu… » a été rapidement suivi par « Dieu a-t-il réellement dit… ? ». Depuis la chute, l’homme a usurpé la place de Dieu, il veut prendre le contrôle de sa vie et raisonne désormais en fonction de « mes choix, mon corps, mon statut, ma réputation, mon ambition… »

Le disciple de Christ se doit d’avoir un regard lucide sur lui-même, reconnaissant qu’il vit dans une tension perpétuelle, tiraillé qu’il est entre sa passion pour la gloire de Dieu et sa tendance naturelle à agir pour sa propre gloire ! La Bible ne passe pas ce phénomène sous silence :

  • Deux disciples interpellent Jésus et il leur dit : « Que désirez-vous que je fasse pour vous ? » Ils veulent les meilleures places au ciel, à la droite et à la gauche de Jésus.
  • Tout de suite après l’institution de la Sainte Cène les disciples se disputent : « Il s’éleva aussi parmi eux une contestation : lequel d’entre eux devait être estimé le plus grand ? »
  • Paul espère envoyer Timothée comme émissaire auprès des Philippiens et il écrit : « Car je n’ai personne qui partage mes sentiments pour se soucier sincèrement de votre situation ; tous, en effet, cherchent leurs propres intérêts et non ceux du Christ-Jésus ». 

Aussi longtemps que nous sommes dans cette étape entre le « déjà et le pas encore », entre les prémices et le plein accomplissement de notre salut, nous serons tiraillés dans notre service entre deux gloires, celle de Dieu et la nôtre.

Conclusion

Lorsque notre conception sur Dieu et sur l’homme évolue, l’ego ne disparaît pas, mais il subit progressivement une transformation vers une saine ambition. L’ego, cette ambition sauvage animée par ses propres intérêts, est affiné par le Saint-Esprit pour devenir une ambition orientée vers la gloire de Dieu.

Dans les débuts d’une vie de couple, l’amour de chacun est davantage orienté vers son propre plaisir mais plus le temps passe, plus l’amour se préoccupe du plaisir de l’autre. Il en est ainsi dans la transformation de notre ego en ambition dans le service !

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