Le Millénium dans tous ses états (5) : L’amillénarisme

LA FIN DU MONDE ! Jésus va revenir et il va juger les vivants et les morts. Où ? Quand ? Comment ?

Il y a quelques décennies, les évangéliques polémiquaient vivement au sujet des différentes théories autour de ces questions, c’est-à-dire au sujet de l’Eschatologie (la doctrine des choses de la fin). De nos jours, l’atmosphère s’est quelque peu détendue, car la plupart sont d’accord sur le fait que les divergences touchent à des questions secondaires, l’important est d’être d’accord sur le fait que Jésus va revenir, et avec lui, le jugement, la résurrection et la nouvelle création, youpi ! Mais toujours est-il que ces divergences subsistent.

Sommaire de la série

Le millénium d’après l’amillénarisme

En Bref

Le mot amillénarisme est constitué de millénium précédé du a privatif : pas de millénium. Mais ce nom est trompeur car il y a bien un millénium pour cette position mais il n’est pas terrestre.  La période de 1000 ans est comprise comme une durée symbolique désignant une très longue période de temps et qui correspond à la période de l’Église pendant laquelle le royaume de Dieu spirituel progresse à travers l’évangélisation des nations. Cette période s’achèvera avec le retour de Jésus et la résurrection des morts.

Lecture amillénariste d’Apocalypse 20 :

L’enchaînement du diable

Pour les amillénaristes, l’enchaînement du diable coïncide avec la mort et la résurrection de Jésus. Satan n’est pas totalement mis hors d’état de nuire mais son pouvoir est limité, comme s’il était tenu en laisse, pour pouvoir permettre que l’Évangile soit annoncé parmi toutes les nations puisqu’il est lié « pour ne plus égarer les nations ».  Cet enchaînement est souvent mis en parallèle avec le texte d’Ap 12 puisque les deux textes partagent beaucoup de similarités[1] :

Apocalypse 12 Apocalypse 20
v. 7 : Scène céleste v. 1 Scène céleste
Combat céleste d’un ange contre le diable Combat céleste d’un ange contre le diable
v. 9a « il fut précipité, le grand dragon, le Serpent ancien, qu’on appelle le diable » v. 2 « Il se saisit du dragon, de ce Serpent ancien qui est le diable et Satan »
v. 9b « celui qui égare le monde entier. Il fut précipité » v. 3b « afin que le dragon ne puisse plus égarer les peuples avant le terme des mille ans. »
v. 12 « car il sait qu’il lui reste très peu de temps » v. 3c « il doit être relâché pour un peu de temps. »
v. 10 chute de Satan résulte dans le règne de Christ et ses saints « Maintenant, notre Dieu

a manifesté sa puissance,

il a instauré son royaume. » v. 11a « Mais eux, (nos frères) ils l’ont vaincu »

v. 3 l’emprisonnement de Satan résulte dans le règne de Christ et ses saints « Ils vécurent et régnèrent avec Christ pendant mille ans. »
v. 11b « et grâce au témoignage qu’ils ont rendu pour lui, car ils n’ont pas aimé leur vie

jusqu’à redouter de mourir. »

v. 4 « ceux qu’on avait décapités à cause du témoignage rendu par Jésus et à cause de la Parole de Dieu. »

Les ressemblances formelles poussent à comparer les deux textes d’autant que les évènements suivent une séquence assez similaire. Dans Apocalypse 12, il est relativement clair que l’expulsion du diable correspond au moment de la mort et de la résurrection du Messie. Ce qui pousse beaucoup de commentateurs à penser que les deux textes décrivent le même événement. De plus, les termes clefs utilisés pour le jugement du diable dans les deux cas – jeté (ekballô) et lié (deô) se retrouvent dans les évangiles associés à la mort et la résurrection de Jésus et/ou l’établissement du règne de Christ comme Matthieu 12.29 & Marc 3.27, Luc 10.17-19 ou Jean 12.31-33.

Comment le diable peut-il être à la fois enfermé et continuer d’agir ? De nombreux textes du Nouveau Testament parlent d’une défaite du diable à la croix d’une manière totale et absolue, comme par exemple Col 2.15 ou Hb 2.14 sans que cela exclut par ailleurs que Satan puisse garder un certain « mordant » (1 P 5.8). Il n’est donc pas exclut de penser que le diable est enchaîné dans un sens particulier qui est d’ailleurs  précisé par le texte : il est empêché de séduire les nations. Et tout comme lors que Jésus dit qu’il attire tous les hommes à lui (Jn 12.31), ne veut pas dire que tous les hommes seront sauvés mais que toute sorte d’hommes pourront l’être. De même, le diable ne séduisant plus les nations, ne veut pas dire qu’aucune nation ne sera plus du tout séduite mais que dans toutes les nations, des personnes ne seront plus séduites et s’attacheront au Christ.

La première résurrection

Selon l’amillénarisme, la première résurrection est comprise comme une résurrection de nature différente de la deuxième.

Le texte parle d’une première résurrection et d’une seconde mort, mais ne parle pas de deuxième résurrection et de première mort. Celles-ci sont sous-entendues. Pour d’autres positions, il s’agit de deux résurrections qui sont éloignées dans le temps : une au début du millénium, l’autre à la fin. Mais les amillénaristes soulignent que cette première résurrection est opposée à la seconde mort.

En ce qui concerne la mort, il est évident pour tous que la première est la mort physique et la seconde est la condamnation éternelle (elle est expliquée en 20.14). Donc il n’est pas absurde que la première et deuxième résurrection soient de nature différente plutôt que de chronologie différente. D’autant que cette distinction est régulièrement faite dans le Nouveau Testament,  (par exemple : Jean 5.24, 29).

Pour certains amillénaristes, cette première  résurrection désigne la nouvelle naissance mais d’autres font remarquer que Jean décrit des trônes qui rappellent ceux d’Ap 4.4 ce qui situerait la scène au ciel d’autant que ceux qui siègent dessus, sont notamment les « âmes » des chrétiens martyres. Ainsi la première résurrection désignerait ce que les théologiens appellent « l’état intermédiaire » la situation dans laquelle se trouvent les croyants entre leur mort et la résurrection qui n’aura lieu qu’au moment du retour de Christ.

Le sens du millénium

Pourquoi, à l’approche de la conclusion du livre, faire un si grand retour en arrière en mettant en avant la période avant le jugement dernier ? Cette section fait partie de la dernière partie de l’Apocalypse, le dernier septénaire composé de sept visions. Dans les visions deux à six, l’ensemble des acteurs du mal sont jugés les uns à la suite des autres. C’est le cas du diable dans les visions du passage qui nous intéresse. Si les visions reviennent à cette période, c’est justement pour rappeler qu’elle constitue déjà un jugement pour le diable. De cette manière, l’ensemble de l’histoire de l’Église est récapitulée sous l’angle du jugement de Satan. Pendant la période de l’Église, il était déjà jugé en étant lié et empêché de séduire les nations. Puis ce jugement ce conclut en relâchant Satan pour qu’il soit finalement jeté définitivement dans l’étang de feu.

Critique de l’amillénarisme

Pour les détracteurs de l’amillénarisme, une lecture séquentielle d’Ap 20 reste la manière la plus naturelle de comprendre le texte. L’idée d’attendre la fin des 1000 ans pour la deuxième résurrection pousserait plus pour des résurrections éloignées dans le temps plutôt que deux types de résurrections différentes.

Ils soulignent également, que même si ce chapitre est le seul à utiliser à parler explicitement d’un royaume de 1000 ans, plusieurs passages de l’Écriture sont difficiles à expliquer sans la notion de millénium terrestre. Grudem[2], par exemple, mentionne ces passages : Ps. 72.8–14; Es 11.2-9 ; 65.20 ; Za 14.6-21 ; 1 Co 15.24 ; Ap 2.27 ; 12.5 ; 19.15[3].

Et enfin, l’amillénarisme ne rendrait pas assez compte de l’insistance du texte sur les entraves du diable. Il n’est pas simplement lié mais aussi jeté dans un abîme qui est, de plus, scellé. Ce qui pourrait suggérer que le diable ne puisse plus du tout agir dans le monde.

Conclusion

Au final, la grande force de l’amillénarisme est la simplicité de son schéma de la fin des temps : L’Église croît jusqu’au retour du Christ et quand celui-ci revient, les croyants ressuscitent pour la nouvelle création et les incroyants pour la seconde mort. Elle est même, d’une certaine façon, une position par défaut ou à minima puisque toutes les éléments de son schéma sont présents dans les autres, ce sont ceux-ci qui ont des éléments en plus parce qu’ils interprètent ce millenium de manière terrestre[4].

Cette simplicité est le résultat d’une interprétation de l’Apocalypse peut-être moins simple que les autres positions. Les différents prémillénarismes, eux, ont des règles d’interprétation plus simples qui aboutissent à des schémas plus complexes, et parfois même beaucoup plus dans le cas des dispensationnalismes. L’Apocalypse n’est pas simple, n’est-pas ?

[1] Tableau basé sur celui de Beale dans Revelation (NIGTC)

[2] Wayne Grudem, Systematic Theology

[3] Tandis que pour les amillénariste, ces passages ne sont pas un problème car les règnes terrestres évoqués s’accomplissent lors de la nouvelle création mais la place manque dans cet article pour discuter les textes en détail.

[4] Le schéma se trouve à cette adresse : http://www.creusonslabible.fr/?p=4062

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