L’amour est une force : Cantique des cantiques 8.5-7

Dans Liaison Fatale1, l’un des films les plus populaires des années 1980, Dan (interprété par Michael Douglas) a tout pour être heureux : un travail d’avocat passionnant, une femme ravissante et une petite fille magnifique de 6 ans. Mais un jour, sa vie bascule : lors d’un cocktail, il se laisse séduire par Alex (interprétée par Glenn Close) et cède à ses avances.

Pour Dan, cette rencontre est une aventure sans lendemain. Mais pour Alex, follement amoureuse, cette rencontre est tout une aventure sans lendemain. Pour elle, l’aventure n’est pas finie. En fait, elle ne fait que commencer. Du coup, elle s’accroche à Dan et refuse de disparaître de sa vie : elle s’ouvre les veines, elle l’appelle en pleine nuit, elle lui fait croire qu’elle est enceinte, elle kidnappe sa fille. À première vue, Alex semble complètement folle, n’est-ce pas ? Mais le réalisateur du film force le spectateur à se poser cette question : Qui est fou et qui est sain d’esprit ? Si l’auteur du Cantique des cantiques avait vu Liaison Fatale et devait répondre à cette question, voilà ce qu’il aurait répondu : « C’est Alex est saine d’esprit ! » Pourquoi ? Parce qu’elle a compris que l’expression de l’amour physique entre un homme et une femme n’est pas anodin, sans conséquence, sans danger. Pourquoi en est-il ainsi ? Qu’est-ce que l’amour finalement ? Comment le définir ? À quoi le comparer ?

Le Cantique des cantiques ressemble un peu à un poème ou à un tableau impressionniste dont le but consiste à faire un « effet bœuf » sur le lecteur en lui faisant ressentir les sentiments et les émotions de deux êtres qui s’aiment.

Jugez plutôt : 

– « A la jument attelée aux chars du Pharaon, je te compare, ô ma compagne. Tes joues sont charmantes au milieu des bijoux, ton cou est beau au milieu des colliers ». (1.9-10).

-« Comme un lis au milieu des ajoncs, telle est ma compagne parmi les jeunes filles. Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt, tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes. A son ombre, j’ai désiré m’asseoir et son fruit est doux à mon palais ». (2.2-3)

C’est dans ce sens que nous proposons de lire ce livre et le passage qui nous intéresse, passage situé dans la dernière partie du livre où l’homme et la femme, après s’être cherchés, sont enfin réunis pour célébrer la beauté d’un amour exclusif.

  • L’amour est fort comme la mort (v. 6)

Dans la première partie du verset 5, on assiste à l’arrivée de la bien-aimée au bras de son bien-aimé. Dans la deuxième partie de ce même verset, la bien-aimée évoque le jour où elle a éveillé l’amour chez son bien-aimé, comment l’amour a commencé entre eux (sous un arbre, cf. 2.3). Au début du verset 6, la bien-aimée désire que cet amour continue en étant scellé : « Mets-moi comme un sceau sut ton cœur, comme un seau sur ton bras ». Un sceau, c’est à dire une marque officielle garantissant authenticité et protection. Autrement dit, c’est un peu comme si la jeune fille disait : « J’aimerais que nous nous appartenions et que nous soyons inséparables. Engageons-nous complètement (corps et âme) l’un envers l’autre de manière absolument exclusive. Protégeons notre couple : ne laissons personne d’autre s’immiscer dans son intimité ». Pourquoi l’amour a-t-il besoin d’être scellé (protégé) de la sorte ? À cause de sa nature même : « car l’amour est aussi fort que la mort ». Fort dans le sens d’inflexible, d’indomptable et d’invincible.

Je me demande à quoi le mot « amour » nous fait penser de nos jours. À la Saint-Valentin ? À une chanson de Francis Cabrel ou de Céline Dion ? À quoi pense l’auteur du Cantique des cantiques quand il parle d’amour ? À la mort…

Dans la première partie de cet exposé, je m’adresse donc à vous si vous êtes célibataires :

-Si vous songez à fréquenter quelqu’un, avez-vous déjà médité sur la véritable nature de l’amour, fort comme la mort ?

-Si vous vous entretenez une relation avec quelqu’un, je ne peux que vous encourager à faire preuve de prudence et à ne pas jouer avec les sentiments de cette personne par exemple. On ne badine pas avec l’amour. On ne rigole pas avec ça. L’amour, même à l’état naissant, c’est fort, c’est sérieux. L’amour est fort comme la mort dans le sens où il « a ses exigences sur lesquelles il ne transige pas » et « réclame l’exclusivité »2. En d’autres termes, il n’y a pas de place pour quelqu’un d’autre dans l’intimité d’un amour authentique.

  • L’amour est plus fort que les grandes eaux (v. 7a)

L’amour est non seulement plus fort que la mort, mais il résiste également aux « grandes eaux », c’est-à-dire aux circonstances complexes, aux dangers ou aux épreuves de la vie. L’amour est un feu qu’aucune eau, qu’aucun fleuve, aussi impétueux soit-il, ne peut éteindre. C’est une force inébranlable, indestructible, insubmersible que rien ne saurait emporter. L’amour est donc plus fort que les grandes eaux. Encore une fois, il a ses exigences avec lesquelles on ne transige pas et réclame un engagement exclusif que rien ne saurait remettre en question, éteindre ou submerger : ni le passage du temps, ni des sentiments qui fluctuent, ni des circonstances dramatiques…

Dans la deuxième partie de cet exposé, je m’adresse à vous si vous êtes mariés (je parle donc pour moi) : Notre amour pour notre conjoint est-il plus fort que les grandes eaux ? Est-ce une force inébranlable, indestructible, insubmersible que rien ne saurait éteindre ? La force de cet amour est-elle aussi vive qu’au premier jour ? Que faisons-nous pour entretenir la force de cet amour que nous avez éprouvé un jour et qui a parfois tendance à osciller en fonction des circonstances de la vie et de nos sentiments ? Pourquoi ne pas prendre le temps de lire ensemble le Cantique des cantique (15 minutes environ), dont la forme littéraire (un dialogue) se prête bien à une lecture à haute voix ?

  • L’amour est plus fort que l’argent (v. 7b)

L’amour est plus fort que l’argent dans le sens où il n’a pas de prix et n’est pas à vendre. Les Beatles n’ont rien inventé : « Money can’t buy me love » (« L’argent ne peut m’acheter l’amour »). C’est strictement impossible. L’amour est en effet un « bien » bien trop précieux que rien ne saurait acheter ou remettre en question, pas même tout l’or du monde.

L’amour est donc une force. Voilà donc la vraie nature, le vrai visage de l’amour. Mais avons-vous remarqué que les caractéristiques de l’amour entre un homme et une femme en général correspondent à l’amour de Dieu pour son peuple3 ? Dans le texte hébreu original, le mot « amour » vaut d’ailleurs aussi bien pour l’amour entre Dieu et son peuple que pour l’amour entre un homme et une femme.

– L’amour est fort comme la mort : Il est inflexible, intense, invincible… C’est un don « libre et volontaire »4 de sa personne. Cela ne nous rappelle rien ? « Mes brebis connaissent ma voix. Moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle ; elles ne périront jamais, et personne ne les arrachera de ma main » (Jean 10.27-28). Si nous sommes chrétiens (disciples de Jésus), personne ne peut nous arracher de la main de notre berger et de son amour pour nous car il est plus fort que tout.

– L’amour est plus fort que les grandes eaux : Aucun événement, aucune circonstance de la vie, rien ni personne ne saurait l’éteindre ou le submerger. Encore une fois, cela ne nous rappelle rien ? « Car je suis persuadé que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni les êtres d’en-haut, ni ceux d’en-bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ-Jésus notre Seigneur » (Romains 8.38-39). Aucun événement, aucune circonstance de la vie, rien ni personne ne saurait éteindre ou submerger l’amour de Dieu pour nous.

– L’amour est plus fort que l’argent : Il n’a pas de prix et ne s’achète pas car c’est un don de soi « libre et volontaire ». Encore une fois, cela ne nous rappelle rien ? « Maris, aimez chacun votre femme, comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré lui-même pour elle » (Éphésiens 5.25). Voyons-nous l’amour sacrificiel de Dieu dans ce verset ? Dans la personne de son Fils, le Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, Dieu a aimé l’Église (son peuple) et s’est donné lui-même pour elle. Dans son amour inconditionnel, Jésus a fait le don « libre et volontaire » de sa personne en acceptant de mourir à la place de tous ceux qui se repentent et placent leur confiance en lui. Sur la croix, Jésus a scellé son amour pour son peuple et s’est engagé à l’aimer d’un amour exclusif et éternel. Autrement dit, c’est lui notre époux par excellence, c’est à lui que nous serons unis pour l’éternité quand il reviendra. En fait, dans la Bible, l’amour en général et le mariage entre un homme et une femme (institution divine capitale) n’est que l’image, la préfiguration, le reflet d’un amour, d’un mariage bien plus important : celui de Jésus et de son peuple pour l’éternité. Que nous soyons mariés ou célibataires, voilà le mariage dont il faut se réjouir, qu’il faut attendre avec impatience, avec un ardent désir, et auquel il faut se préparer dans la pureté et dans la sainteté. Voilà l’époux, le mari idéal dont nous avez besoin et dont l’amour ne nous décevra jamais : Jésus.

Jonathan Chaintrier

1Merci à Nello Barbieri pour cette illustration très appropriée.

2Bible d’étude Semeur, Excelsis, 2005 (p. 946).

3Le Cantique des cantiques serait ainsi lu de manière typologique et non strictement allégorique.

4Bible d’étude Semeur, Excelsis, 2005 (p. 946).

 

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