Sortir de l’ambiguïté

5–7 minutes

Voudriez-vous des Gédéon dans vos GBU ou vos Églises ? 

Comparons un passage au début des aventures du célèbre Juges et un autre à la fin de sa vie :

Juges 6.12 L’ange de l’Éternel lui apparut et dit :

– L’Éternel est avec toi, vaillant guerrier !
13 Gédéon lui répondit :
– De grâce, mon seigneur, si l’Éternel est avec nous, pourquoi tant de malheurs s’abattent-ils sur nous ? Où sont donc tous ces prodiges que nos pères nous ont racontés en nous disant que l’Éternel nous a fait sortir d’Égypte ? En réalité, l’Éternel nous a abandonnés et nous a livrés au pouvoir des Madianites.

(…)


8.22 Après cela, les hommes d’Israël dirent à Gédéon :

– Règne sur nous, puisque tu nous as délivrés des Madianites. Ton fils, puis ton petit-fils te succéderont.
23 Gédéon leur répondit :
– Non, je ne régnerai pas sur vous, et mon fils ne vous gouvernera pas non plus. C’est l’Éternel qui régnera sur vous. 24 Puis il ajouta : J’aurais cependant une demande à vous faire : Donnez-moi chacun une boucle d’oreille en or prise sur votre butin. Les ennemis portaient, en effet, des boucles d’or, car ils étaient ismaélites.
25 – Très volontiers, lui répondirent-ils. Ils étendirent un manteau par terre, et chacun y jeta un anneau prélevé sur son butin. 26 Les anneaux d’or que Gédéon avait demandés pesaient près de vingt kilogrammes en tout. Il reçut également les croissants d’or, les pendants d’oreilles et les manteaux de pourpre que portaient les rois madianites, ainsi que les colliers qui ornaient le cou de leurs chameaux. 27 Avec l’or, Gédéon fabriqua une statue qu’il installa dans son village, à Ophra. Tout Israël s’y prostitua, en lui rendant un culte, de sorte que cette statue devint un piège pour Gédéon et pour sa famille.

Gédéon : ange ou démon ?

Quand on lit cette première section de l’histoire de Gédéon, on pourrait croire qu’on a affaire à un israélite bon et juste qui trouve anormal que Dieu abandonne son alliance. Et puis quand on lit la suite on s’aperçoit que Gédéon a un autel de Baal et un poteau d’Astarté « dans son jardin ». Et là on se demande : « pourquoi dit-il à l’ange qu’il ne comprend pas pourquoi Dieu a abandonné Israël alors qu’il participe lui-même à l’idolâtrie ? » Il ne voit pas le rapport ! Bizarre, non ? Pourtant il est censé connaître la loi de Moïse… et à la fin du cycle on sait qu’il la connaît puisqu’il refuse la royauté en déclarant « l’Éternel règnera sur vous ». N’empêche qu’il aura le train de vie d’un roi et qu’il installera une nouvelle idole pour remplacer celle qu’il avait détruite au début de l’histoire. Donc en résumé nous avons un infidèle qui travaille pour Dieu un temps et finit comme un infidèle… ainsi que dans la liste des héros de la foi d’Hébreux 11 !

Les Gédéon d’aujourd’hui

Heureusement, des gens qui servent Dieu, qui ont des résultats très positifs mais qui ont un niveau spirituel tout juste au dessus de celui des païens, ça n’existe plus sous la Nouvelle Alliance ! Non, je plaisante et c’est là le problème : de nombreux chrétiens (apparemment) authentiques peuvent aussi avoir une foi très « vintage » c’est à dire pas plus évoluée que sous l’Ancienne Alliance. Une foi qui reconnait que Jésus est mort sur la croix et ressuscité le 3ème jour (comme Gédéon reconnait la libération de Moïse) mais qui a des effets très limités en pratique. Un peu comme si l’Esprit Saint avait agi un jour puis était parti en congé prolongé. Ce qui est déstabilisant, c’est que si certains renient officiellement leur (semblant de) foi, d’autres tiennent bons… mais ont une vie au mieux tiède (ils suivent des chrétiens engagés), au pire défaillante (service minimum à l’Église et vie équivalente à celle d’un non chrétien pendant la semaine). 

Inconfort salutaire

J’avoue que mon premier réflexe serait d’être assez sévère à propos de ces personnes (en les considérant comme la graine tombée dans les épines ou les pierres de la parabole du semeur en Mt 13) mais cet exemple de Juges ou de 1 Co 3.15 (les chrétiens « sauvés comme au travers du feu ») me force à une certaine réserve. Et puis de toute façon, nous n’avons pas à évaluer la conversion réelle des gens mais à les aider à progresser ou, au moins, à se situer honnêtement. Alors comment procéder ? « Annoncer l’Évangile » me direz-vous ! D’accord, mais c’est un peu vague. Je pense que pour ce genre de personnes « Jésus le Fils de Dieu est mort sur la croix par amour pour toi, il te réconcilie avec le Père » a autant d’efficacité que de dire « abracadabra ». Non, c’est d’inconfort dont elles ont besoin. Elles doivent être dérangées par les paroles radicales et sans concessions de Jésus, elles doivent être poussées dans leurs retranchements quand elles essaient d’intellectualiser, d’atténuer les conséquences pratiques de la vie de disciple de Jésus. 

Sanctification durable

Personnellement je me suis parfois trop contenté de GBUssiens qui faisaient bien leur boulot mais qui n’étaient pas de très bons disciples et qui maintenant… ont pris des chemins plutôt discutables ! Alors je ne peux que nous encourager à des lectures de la Bible en binômes, des Discussions Autour de la Bible, des exposés bibliques, des discussions fraternelles qui ne se contentent pas du « minimum syndical » mais qui mettent le doigt là où ça fait mal, qui suscitent des réactions passionnées, qui retournent le cerveau car IL FAUT que l’Évangile ait de VÉRITABLES répercussions dans la vie des chrétiens qui sont autour de nous. L’Esprit Saint fait ce qu’il veut dans leur vie mais nous, notre devoir n’est pas de les anesthésier avec un Évangile théorique, répétitif et bas de gamme. Quand Paul écrit à Timothée « proclame la Parole, insiste, que l’occasion soit favorable ou non, convaincs, réprimande, encourage par ton enseignement, avec une patience inlassable. » (2 Ti 4.2) il le fait à propos de destinataires chrétiens qui se trouvent dans l’Église d’Éphèse, pas à l’extérieur ! Cela démontre que dans la tête de l’apôtre la transformation des vies ne s’arrête pas le lendemain de la conversion mais continue tout au long de la vie par la fréquentation régulière des Écritures.

Alors, pour éviter le « piège Gédéon », imitons ce cher Paul qui nous dit dans 2 Co 10 : 

10.4 Les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas simplement humaines ; elles tiennent leur puissance de Dieu qui les rend capables de renverser des forteresses. Oui, nous renversons les faux raisonnements 5 ainsi que tout ce qui se dresse prétentieusement contre la connaissance de Dieu, et nous faisons prisonnière toute pensée pour l’amener à obéir au Christ.

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