Jérémie 31.15, Matthieu 2.18 & 2.23 : Le retour du roi (5)

Sommaire

  1. Matthieu 1&2 – Introduction
  2. Ésaïe 7.14 & Matthieu 1.23 – Le signe de l’Emmanuel
  3. Michée 5.1 & Matthieu 2.6 : Le nouveau David
  4. Osée 11.1 & Matthieu 2.15 : Je suis ton Père
  5. Jérémie 31.15, Matthieu 2.18 & 2.23 : La nouvelle alliance

Jésus vient sceller la nouvelle alliance (Jérémie 31.15 & Matthieu 2.18)

« On entend des cris à Rama,des sanglots amers ;

c’est Rachel qui pleure ses fils ;

elle refuse de se laisser consoler au sujet de ses fils,

car ils ne sont plus. » Jérémie 31.15

Roulé dans la farine ! Le comploteur comploté, Hérode comprend qu’il s’est fait avoir, ou plutôt qu’il n’a pas réussi à avoir les mages avec sa ruse. Aux grands maux, les grands moyens, Hérode met en œuvre une solution radicale pour être sûr d’éliminer ses rivaux.

Cet épisode fait penser à la naissance de Moïse où les nouveau-nés hébreux sont tués par le pharaon de l’époque pour « contrôler les naissances ». Jésus avait déjà été associé à Moïse avec la citation précédente mais Matthieu associe cet événement avec l’Exil grâce à la citation de Jérémie 31.15.

Jérémie est le prophète qui a eu la très lourde tâche d’annoncer la destruction de Jérusalem et l’exil du royaume de Juda peu de temps avant que cela arrive. Il commence ses prophéties lors du Règne du Josias (640 – 609) jusqu’à la prise de Jérusalem en 586. Après, il sera emmené de force en Égypte, il continuera de dénoncer l’idolâtrie de ses contemporains (ch 42-44) qui, exaspérés, le lapideront (d’après la tradition).

Le chapitre 31 se trouve dans un ensemble de chapitres (Ch 30-33) plus positifs que les autres puisqu’ils annoncent les plans de restaurations de Dieu pour Israël. Car malgré le terrible châtiment qui est sur le point de s’abattre sur la Judée, Dieu aime son peuple et ne le laissera pas en Exil pour toujours. Le chapitre 31 annonce un retour d’Exil pour le Royaume du nord aux v. 1-22 et pour le Royaume de Juda v. 23-26. À partir du v. 27, Jérémie annonce une nouvelle alliance avec des dispositions révolutionnaires.

Les v. 1-22 dans lesquels se trouve notre citation annoncent le retour d’Exil d’Éphraïm, la tribu la plus importante d’Israël sous deux angles différents. Dans les v. 1 à 14 insistent sur le rôle de Dieu qui libère et délivre son peuple et les v. 15 à 22 sur la repentance d’Éphraïm qui permet de revenir d’Exil. Rachel est la grand-mère d’Éphraïm (l’ancêtre de la tribu), elle meurt dans la souffrance (elle veut appeler son fils, Ben-oni c.-à-d. le fils de ma souffrance), et sera enterrée sur le chemin entre Beth-El et Bethléem, à la frontière Nord de Benjamin, (Gn 35.19-20 ; 1 S 10.2), c’est-à-dire aux alentours de Rama. Cette ville était le lieu de départ des exilés judéens, donc cette ville est associée à la souffrance du départ en Exil, exprimée de manière imagée pour les israélites par les pleurs inconsolables de Rachel. Mais ces pleurs ne seront pas inconsolables grâce à l’œuvre de Dieu qui aime et agit en faveur de son peuple. La suite du passage évoque la repentance d’Éphraïm mais ce qui est surprenant, c’est que la repentance est elle-même une œuvre de Dieu, Éphraïm demande « fais-moi revenir pour que je revienne » (v. 18). Il sait qu’il ne peut revenir à Dieu sans l’aide de Dieu.

On se demande alors comment Dieu va-t-il faire revenir à lui Éphraïm ? La prière est exaucée aux v. 21-22, il commence par l’appeler à revenir mais elle est rebelle (v. 21), il faut une œuvre nouvelle de Dieu pour que la femme (Éphraïm) revienne volontairement vers Dieu (v. 22). Or il y a quelque chose de nouveau dans les versets suivants, c’est précisément la nouvelle alliance. Dans celle-ci, la loi sera gravée dans le cœur des croyants, c’est-à-dire qu’ils adopteront d’eux même le comportement qu’exige la loi, ils connaîtront le Seigneur, ils n’auront plus besoin d’être enseignés, ils sauront ce qui est bien naturellement et leurs fautes seront pardonnées.

Voilà comment Rachel pourra être pardonnée. L’Exil avait été causé par le péché du peuple, mais même si le peuple reviendra de Babylone en Judée, l’Exil ne sera vraiment fini que lorsque ce qui l’a causé sera vaincu. Le vrai retour d’Exil, c’est lorsque le problème du péché aura été résolu et c’est précisément ce qu’est venu faire Jésus.

Les pleurs de Rachel évoquent la souffrance réelle face à une situation dramatique mais ils vont être suivis par l’espoir du salut de Dieu. En parlant d’accomplissement, Matthieu dresse un parallèle entre la situation de Rachel qui pleure ses enfants disparus et la douleur causée par la tuerie d’Hérode mais Jésus, dans la suite de son ministère, va accomplir ce qui est annoncé dans ce chapitre. Il va instaurer la nouvelle alliance (cf Mt 26.28) ! La douleur causée par les événements qui entourent la naissance de Jésus sont terribles mais ils pointent vers l’espoir d’un salut grandiose où les croyants seront pardonnés de leur péché et réellement transformés pour vivre la loi de Dieu.

Jésus sera méprisé (Les prophètes & Matthieu 2.23)

De retour en Israël, Joseph, par sécurité, décide d’aller en Galilée qui était une province directement contrôlée par l’Empire romain contrairement à la Judée contrôlée par le fils d’Hérode. Il s’installe à Nazareth, là où Jésus va grandir pour être appelé Jésus de Nazareth ce qui est l’objet du dernier accomplissement du chapitre. Cet accomplissement est assez différent des autres, car, même si la formule d’introduction est similaire aux autres, il ne s’agit pas d’une citation de l’Ancien-Testament. Il y a en fait une petite différence dans la formule : ce n’est plus l’accomplissement de ce que LE prophète a annoncé mais de ce que LES prophètes ont annoncé. Donc le fait que Jésus soit appelé Nazaréen, est un accomplissement des prophéties de l’Ancien-Testament en général mais il est très difficile d’interpréter ce que Matthieu veut dire ici. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour tenter d’expliquer ce que Matthieu veut dire, voici celle qui nous convainc le plus :

« Quelque chose de bon peut-il venir de Nazareth ? » (Jn 1.45-46). Matthieu insiste sur le fait que Jésus est appelé Nazaréen, pas juste qu’il vient de Nazareth. Il insiste donc sur le fait que c’est un qualificatif, or venir de Nazareth était mal considéré. Matthieu dirait alors que les prophètes ont annoncés que le Messie allait être méprisé, ce qui est le cas[1]. Le lieu de naissance de Jésus préfigure alors ce qui va se passer ensuite dans son ministère et, de manière ultime, à la croix. Jésus va être méprisé et rejeté par les siens.

Conclusion

De Bethléem jusqu’à Nazareth, en passant par l’Égypte, Jésus parcourt pas mal de chemin. Ces différentes étapes évoquent les différentes étapes de l’histoire d’Israël : la royauté, l’Exil et le retour d’Exil. Comme si Jésus revivait en condensé l’histoire de son peuple. Ceci suggère que Jésus est le représentant tant attendu d’Israël qui accomplit toutes les attentes qui avaient été exprimées dans l’Ancien-Testament, y compris les souffrances annoncées par lesquels il va passer pour accomplir son œuvre de Salut.

Noël, est une fête joyeuse et triste à la fois. Joyeuse car c’est la venue du sauveur mais triste car il a dû passer par la souffrance pour cela. Sa naissance est entourée d’événements tragiques qui annoncent déjà ce que sera son ministère : il sera rejeté par les siens, on cherchera à le faire mourir plusieurs fois jusqu’à ce qu’il aille effectivement à la croix pour mourir à la place des hommes fautifs.

À la suite de Christ, bien des chrétiens ont vécu et auront à vivre des souffrances similaires : être rejetés par ses proches, voir à subir le martyre. Noël est alors aussi pour nous le moment de pleurer par solidarité avec ceux qui souffrent et d’espérer qu’enfin que Jésus soit de retour pour arrêter définitivement le mal.

 

[1] Par exemple : Ps 22.6–8, 13 ; 69.8, 20-21 ; Es 49.7, 53.2 ; Dn 9.26.

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