Être un bon samaritain, le retour du fils fils prodigue, ça vous dit quelque chose ? Ces expressions encore utilisées aujourd’hui viennent des paraboles que Jésus racontait régulièrement à ses auditeurs afin que ceux-ci captent son enseignement. Voici une petite aide pour bien les comprendre.
Pour délivrer son message révolutionnaire, Jésus avait plusieurs méthodes dans son arsenal argumentatif : les enseignements simples, la dénonciation, les controverses à propos de la loi de Moïse et… les paraboles.
Ces petites histoires sont très efficaces car :
- Elles sont tirées de la vie quotidienne et donc accessibles à tout type de public ;
- Leur scénario est simple avec des personnages stéréotypés et contrastés ;
- Elles comportent un élément de surprise qui prend les auditeurs à contre-pied ;
- Elles exigent une réaction, une réponse. Parce qu’elles ne laissent personne indifférent, chacun est obligé de prendre position de manière tranchée ;
- À la fin les auditeurs se rendent compte que la parabole parlait en fait de Dieu… et d’eux ! Souvent la position qu’ils ont prise en réponse à cette histoire les met dans une situation inconfortable car ils s’aperçoivent que, dans la vraie vie, ils font le contraire.
Exemples :
Parabole simple : La brebis perdue de Luc 15.4-7
Le contexte : les pharisiens critiquent Jésus qui côtoie des gens qui ont mauvaise réputation. Jésus se sert donc de cette parabole pour expliquer pourquoi il est avec eux et pas avec les personnes respectables.
Explication de la parabole : Jésus se sert d’un exemple que tout le monde connaît : un berger avec son troupeau. Ensuite il se compare au berger qui s’occupe en priorité d’une bête en danger plutôt que de rester avec celles qui vont bien. La transposition est très simple : les brebis perdue, se sont justement ces gens de mauvaise vie que Jésus, le bon berger, va chercher pour les sauver.
Parabole de retournement : Le pharisien et le collecteur d’impôts de Luc 18.10-14
Le contexte : Jésus veut donner une leçon à ses contemporains qui pensent être en règle avec Dieu parce qu’ils sont dans les normes de la respectabilité.
Explication de la parabole : Jésus prend deux personnes diamétralement opposées pour illustrer son propos : un pharisien, religieux très fidèle à la loi de Moïse et considéré par tous comme « un saint », et un collecteur d’impôts, juif qui prélève des taxes pour le compte des romains et considéré comme un « collabo ». Tout dans la parabole incite les auditeurs à les comparer puisqu’ils sont dans le même lieu (le temple) et qu’ils font la même chose (prier). Et tout le monde s’attend à ce que cela tourne en faveur de l’enseignant religieux. Mais le contenu de la prière de chacun va totalement inverser la tendance : le collecteur d’impôt reconnaît ses fautes et demande pardon à Dieu tandis que le pharisien se montre plein d’autosatisfaction et de mépris envers le reste du peuple. Contre toute attente, Jésus élève celui qui était très mal vu de tous et abaisse celui qui était estimé de tous. Il fait cela pour montrer que le critère pour juger de la « respectabilité religieuse » de quelqu’un c’est sa capacité à reconnaître qu’il a besoin du pardon de Dieu.
Parabole à suspens : Les vignerons Luc 20.9-19
Le contexte : Jésus est constamment attaqué par les responsables religieux. Il décide alors de résumer la relation entre Dieu et Israël dans une parabole.
Explication de la parabole : Le propriétaire, personnage le plus important de la parabole représente Dieu (dans les autres paraboles, ce peut être aussi un roi, un père, un juge). La vigne représente le peuple d’Israël et les vignerons les responsables religieux et politiques juifs. Le problème c’est que les vignerons ne veulent plus rendre de comptes au propriétaire ! Celui-ci envoie donc des émissaires pour les rappeler à l’ordre mais les uns après les autres, ils sont tués. Le fait que le même processus se déroule trois fois, créée à la fois un suspens et de l’indignation pour le public : on attend le dénouement de l’histoire et on espère que ces vignerons vont être matés. Puis, enfin, le fils du propriétaire va en personne raisonner ces employés. Mais, comble de l’ignominie, ils tuent aussi le fils ! L’explication devient alors claire : les trois premiers émissaires représentent l’ensemble des prophètes de l’Ancien Testament, le fils c’est Jésus lui-même. Jésus traite donc ces interlocuteurs de meurtriers infidèles à Dieu et annonce par la même occasion que lui-même, le fils de Dieu, va périr à cause d’eux ! Et ce qui est intéressant c’est qu’à la fin de la parabole, ils le confirment.
Attention, pour ne pas faire fausse route avec les paraboles, il ne faut pas aller trop loin dans leur interprétation ! Il faut surtout saisir qui sont les personnages, retenir l’idée générale et bien observer l’application qu’en fait Jésus.
Qui est au centre des paraboles ?
Dieu bien sûr ! Mais un Dieu surprenant, « inhabituel pour l’époque ». Les paraboles permettent de mêler plusieurs facettes de Dieu : un Dieu de grâce, riche en compassion, un Dieu qui éprouve une telle joie à accueillir les pêcheurs dans sa présence, qu’elle en devient gênante… mais aussi un Dieu saint et juste. Cela soulève deux remarques :
- Si rien ne nous choque, ou nous dérange dans les paraboles, comprenons-nous finalement bien ce que ce qu’elles ont à nous dire, ? Serions-nous immunisés contre l’un des traits caractéristiques de la prédication de Jésus ? Ou bien notre lecture n’est-elle pas devenue routinière ? Car les paraboles nous confrontent justement avec un Dieu inattendu, qui étonne, scandalise et choque ! Elles ne sont pas « tout sucre ou tout miel », elles doivent nous déranger, sans doute nous titiller. En tout cas, nous ne devons pas faire l’économie de la remise en question qu’elles imposent, si nous ne voulons pas étouffer les vérités révélées. Nous avons de plus sous nos yeux justement l’attitude à éviter : celle des pharisiens et leur autosatisfaction qui consiste à refuser d’entendre ce que ces histoires ont à leur dire ! Aujourd’hui nous courons le même danger qu’eux lorsque nous identifions le bon et le mauvais de la parabole, en rejetant trop vite la figure du pharisien, nous risquons du même coup de rater ce en quoi nous lui ressemblons… Car la prétention des pharisiens reste malheureusement la nôtre, elle demeure une tentation constante, qu’il faut savoir démasquer chez soi, contre laquelle il convient de lutter. De là finalement à remercier Dieu de ne pas être comme ce pharisien qui ne comprenait rien au message de Jésus, il n’y a qu’un pas qu’il n’est pas rare de franchir….Aujourd’hui nous courons le danger d’être des pharisiens… de pharisien !
- Quand je suis au prise avec ce Dieu qui me choque (quand je trouve ma situation injuste ou que je ne comprends pas certains versets …), je suis un peu dans la situation des juifs à l’écoute des paraboles de Jésus. J’ai alors deux possibilités : m’en remettre à ma propre justice ou alors tout lâcher (mes repères, mes préjugés) et accepter Jésus. Le jugement de Dieu renverse nos valeurs et nous devons l’accepter. Cette vérité la parabole « des ouvriers de la dernière heure » (Mt 19.27-20.16) l’éclaire de façon presque scandaleuse. Et il est du reste impossible de comprendre la force d’interpellation de ce texte, en l’adoucissant , en le rationalisant, en tentant de justifier le comportement du propriétaire. Nous en reviendrons de nouveau à l’erreur des pharisiens…celle de penser avoir des droits sur Dieu et de lui imposer nos propres normes religieuses. L’intention fondamentale de Jésus est de nous mettre en présence d’un Dieu qui déconcerte nos attentes, qui subvertit nos schèmes de pensée humains, trop humains, et nos stratégies les plus raisonnables. Certains commentateurs d’ailleurs n’hésitent pas à dire que par ses paroles paraboliques Jésus a ruiné la religion !
Dans sa grâce et sa bonté, Dieu demeure SEIGNEUR !
Pourquoi Jésus a-t-il parlé en paraboles ?
Jésus a parlé en paraboles pour communiquer son message de façon efficace, pertinente, et surtout pédagogique : un discours en images possède un pouvoir et une efficacité que n’a pas toujourss le langage littéral ou étroitement conceptuel, surtout lorsque la vérité dont il est question a la profondeur et la difficulté spirituelle de celle que Jésus proclame. Abraham, Moise, David ont-ils parlé en paraboles ? Jean Baptiste a-t-il parlé en paraboles ? Pourquoi Jésus a-t-il parlé en paraboles ? Pour essayer d’aller un peu plus loin dans la réflexion, lisons la raison que Jésus lui-même donne:
À vous, le mystère du règne de Dieu a été donné, mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles, de sorte que, tout en regardant bien, ils ne voient rien et que, tout en entendant bien, ils ne comprennent rien, de peur qu’ils ne fassent demi-tour et qu’il ne leur soit pardonné.
Marc 4.10-12
D’après ce passage, les paraboles ont pour fonction d’empêcher ceux de l’extérieur, ceux qui n’appartiennent pas au cercle des disciples, de comprendre le message. C’est bizarre pour un prédicateur qui veut apporter le message de la Bonne Nouvelle, non ? Jésus n’aurait comme autre but en s’exprimant en paraboles d’endurcir le peuple juif en jetant un voile sur le Règne de Dieu. Comment éclairer ces versets pour le moins énigmatiques ?
Il est intéressant de noter que cette explication de Jésus est reprise par les 3 évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) et que si elle comporte certaines différences, la place de ce texte est toujours la même : entre la parabole du semeur et son explication. Et c’est la seule fois où nous trouvons une interprétation de la fonction et du but des paraboles.
Jésus parle en paraboles à tous (aux disciples comme à la foule), mais il ne donne l’interprétation qu’aux disciples… notre texte semble donc finalement plutôt répondre à la question « Pourquoi Jésus ne donne-t-il pas d’interprétations aux foules ? » c’est d’ailleurs ce que semble suggérer sa réponse « A vous le mystère du règne est donné…A ceux du dehors tout est en paraboles». Jésus suggère ainsi que la parabole comme moyen de proclamation du Règne de Dieu a une double fonction :
- les paraboles révèlent la volonté de Dieu et son plan pour le salut des hommes à ceux qui ont la foi
- elles cachent et elles aveuglent (endurcissent) la personne et le message de Jésus à ceux qui n’ont pas la foi (le passage fait allusion à Ésaïe 6.9-10)
On peut d’ailleurs noter que dans l’évangile de Matthieu l’explication de Jésus est couplé au fameux : « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. » Ainsi celui qui donne foi aux parole de Jésus, reçoit davantage des paraboles et il est dans l’abondance, mais celui qui ne donne pas foi à ses paroles, perdra même le peu « d’amitiés » qu’il avait pour Jésus et son cœur s’endurcira…Quoi qu’on en dise l’homme ne peut rester insensible lorsque Dieu se révèle, il n’a que deux choix face à l’appel de Dieu : soit il vient comme le fils aîné de Lc 15 avec un regard accusateur et un flot de justification qui n’a pour conséquence que de l’emmener un plus loin dans sa propre frustration et ainsi de jeter un voile sur la révélation de son père, soit comme le fils cadet…bouleversé par l’accueil de son père et n’ayant finalement plus que la seule conviction de ne rien mériter.
La parabole, plus qu’un moyen de communication
Ainsi l’enseignement parabolique de Jésus permet de mettre tout le monde sur un pied d’égalité (instruits comme non instruits), en associant son enseignement à la vie quotidienne en laquelle chacun peut se reconnaître, il rend accessible à tous les vérités qu’il veut mettre en avant, mais à une condition : que ceux qui l’entendent aient le désir de le recevoir ! (Matthieu 13.17)
Accepter la parabole implique donc plus qu’une écoute ou l’adhésion à un concept. L’accepter implique une écoute de foi. La parabole elle-même fait partie du message, elle est l’écorce même du grain semé par le semeur : pour que ce grain puisse donner du fruit il faut qu’il soit accueilli par la bonne terre et non par les ronces, le bord du chemin ou le terrain rocailleux. Finalement il n’est pas possible (surtout pour les pharisiens) d’accepter le message de la parabole (comme le reste du message de Jésus) sans en accepter le messager car si ce que dit Jésus sous forme parabolique est vrai, la conséquence est qu’Il est le Messie. Prenons les paraboles de Luc 15 (Brebis, drachme et fils perdus) : les interlocuteurs sont choqués parce que Jésus s’attable avec des pécheurs notoires… il leur répond en parlant du comportement de Dieu. Pourquoi sinon parce que le comportement de Jésus place les hommes en face du comportement de Dieu lui même, comportement par lequel il répond enfin à la promesse faite, c’est-à-dire par lequel il inaugure son Règne ? Il n’est donc pas possible de les dissocier l’un de l’autre. La conduite de Jésus est la forme concrète que prend l’action de Dieu pour les hommes. Ainsi, d’après ses paraboles, Jésus n’est autre que Dieu qui établit son Règne.
CONCLUSION
Les difficultés rencontrées à l’écoute des paraboles, même si elles sont amplifiées en raison de leur nature littéraire (concision, paradoxe, capacité d’interpellation, exigence d’une réponse) sont des difficultés inhérentes à l’écoute de l‘Évangile. Les paraboles du Seigneur interpellent les auditeurs de façon cruciale, elles les mettent devant l’inexorabilité d’un choix qui semble impossible. Mais ce choix dépend en fait de la manière dont ils se situent par rapport à Jésus : vont-ils accueillir son message et en faire leur vérité, avec les risques que ces nouveautés comportent ? Ou vont-ils s’en tenir aux schèmes de pensées auxquels ils sont habitués ? Chacun peut bénéficier de ce salut (même le publicain, même le fils indigne parti de la maison). Mais il n’est finalement pas possible d’accepter le message que comporte ces paraboles, sans accepter le rôle que joue le messager qui les apporte. Ce messager, Jésus, c’est le berger qui se met en route pour chercher sa brebis, c’est cette femme qui fouille sa chambre pour retrouver la drachme perdue, c’est ce père oriental qui sort en courant à la rencontre de son fils perdu. Le Règne de Dieu est en route, c’est l’un des principaux messages des paraboles de Jésus (que ce soit dans leur forme, ou dans leur enseignement), mais il semble que les cœurs sont trop durs pour recevoir ce message et qu’ainsi ils prononcent sur eux-mêmes le jugement de Dieu. Cependant ce jugement n’est pas coulé dans le ciment, il est en devenir, il dépend du type de réponse que l’on réserve à la proclamation de Jésus afin qu’enfin leurs cœurs comprennent, enfin qu’ils se tournent vers Lui et qu’Il les guérisse.




L’Épitre aux hébreux