L’écologie et la foi mise en pratique : quel avenir pour la terre ?

Par Frédéric Baudin

Dans leurs lettres, les apôtres Pierre et Paul évoquent les temps de la fin en des termes en apparence très différents. Pierre décrit avec force la discontinuité abrupte de la transition entre l’ancienne et la nouvelle création (2 Pierre 3.10-13), tandis que Paul en souligne plutôt la continuité (Romains 8.19-23). Que faut-il donc comprendre de l’avenir de la création, notamment en relation avec notre préoccupation de prendre soin de la terre, à partir de ces textes et de la Bible dans son ensemble ?

Continuité et patience

Pour illustrer la transition entre l’ancienne et la nouvelle création, l’apôtre Paul prend comme image les douleurs d’une femme enceinte sur le point d’accoucher : la terre attend avec impatience et dans la souffrance la « révélation des fils de Dieu » ; de même, celles et ceux qui ont reconnu en Jésus le Messie et Seigneur « soupirent en eux-mêmes en attendant l’adoption par Dieu ».

L’apôtre Paul vient pourtant de déclarer que les hommes et les femmes qui croient en Jésus, le Fils par excellence, sont enfants de Dieu, au point qu’ils peuvent l’appeler : « Père » (v. 14-17). Pour marquer cette simultanéité et cette distance dans le temps, on a forgé l’expression « déjà et pas encore », qui caractérise le temps présent, entre la résurrection de Jésus et celui de son retour sur cette terre. Ainsi, les chrétiens sont déjà enfants de Dieu, par la foi, de façon plus ou moins visible dans ce monde, mais ils ne le sont pas encoreau sens plein du terme, car ils attendent avec patience le jour où ce statut privilégié sera révélé à la création tout entière.

Discontinuité et vigilance

De son côté, s’il précise qu’il est d’accord avec Paul à ce sujet (v. 15), l’apôtre Pierre a surtout l’intention d’encourager les chrétiens à ne pas écouter ce que disent les non-chrétiens, qui se moquent de la promesse du Seigneur de revenir dans ce monde pour inaugurer de « nouveaux cieux et une nouvelle terre » (v. 4). C’est toujours d’actualité ! Comme du temps de Moïse et comme dans la parabole de Jésus, le maître semble « tarder à venir ». Cela peut devenir le prétexte à tolérer le mal, à se livrer à la débauche et l’idolâtrie du « veau d’or », comme s’il n’y avait plus d’espoir (Ex 32 ; Mt 24.48-49).

Pierre répond à cette moquerie marquée par l’incrédulité et lance un avertissement solennel, adressé en premier lieu aux chrétiens. Il utilise l’image du premier déluge, comme Jésus l’a enseigné. Du temps de Noé et de Lot, les hommes vivaient normalement jusqu’à ce qu’un déluge les fasse périr : « Il en sera de même le jour où le Fils de l’homme paraîtra » (Lc 17.30). Le « feu », appliqué par Pierre au déluge, est une image fréquente dans la Bible pour évoquer le « jugement » de Dieu. Pierre évoque le jugement ultime de l’humanité tout entière et de tous les temps (voir 2 Th 1.8).

L’accent porte sur la soudaineté imprévisible du retour de Jésus: ce jour de jugement et de délivrance vient « comme un voleur ». Pierre se souvient des avertissements de son Maître : « Vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure où vous n’y penserez pas » (Lc 12.40). Il insiste donc sur la nécessité de rester vigilant pour qu’on ne se laisse pas surprendre par ce « Jour », que l’on attend sans en connaître précisément la date.

Une nouvelle création « en Jésus-Christ »

Depuis deux mille ans, tous ceux qui reconnaissent en Jésus le Fils de Dieu, le Messie mort et ressuscité pour obtenir leur pardon, sont réconciliés avec Dieu le Père (Rm 8.16-17). Ils sont bien les « enfants de Dieu », car ils sont « nés de l’Esprit » (Jn 3). Ils font partie intégrante d’une « nouvelle création en Jésus-Christ » (2 Co 5.17). Ils sont appelés à donner un témoignage concret de leur foi, de leur amour pour Dieu et pour leurs semblables, et de leur espérance : Jésus reviendra « pour juger les vivants et les morts » et pour régner sur une terre et sous des cieux comme « refaits à neuf ». La continuité entre l’ancienne et la nouvelle création donne du sens à ce qu’ils accomplissent dans le monde présent, en attendant le Jour de la révélation finale de Jésus-Christ.

Révélation à venir et action dans le présent

Ce Jour unique, qui marque en réalité une fin et un commencement, sera en effet un véritable « dévoilement », une apocalypse, d’après le terme grec transcrit en français. Jésus, le Messie glorieux et définitivement vainqueur, accompagné des enfants de Dieu, apportera la délivrance à la création dans son ensemble. Il achèvera alors son œuvre de réconciliation entre « toute chose » et le Créateur (Col 1.20). Il anéantira le mal et ses conséquences pour toujours, notamment la mort. Le monde sera de nouveau placé de façon visible par tout être humain sous le règne de Dieu. Les « enfants de Dieu », régénérés, corps et âme, seront enfin capables de gérer cette « nouvelle création » sans être marqués par les conséquences du péché. Ils pourront donc en prendre soin librement pour la gloire du Créateur et pour le bien de la création tout entière ; ils rempliront parfaitement le mandat, ordonné par Dieu au commencement, de « peupler, soumettre, dominer, cultiver et garder » la terre, dans le meilleur sens de ces verbes !

Mais ce mandat reste d’actualité dans ce monde. La « fin » n’est pas un prétexte pour penser que « tout doit disparaître », sous le feu du jugement, et qu’il n’est pas nécessaire de prendre soin des êtres humains et de la nature. Au contraire, les chrétiens mettront tout en œuvre, dans le temps présent, pour sauvegarder cette création, d’abord par respect pour Dieu qui en est l’auteur, et parce qu’ils sont déjà au bénéfice de la rédemption par Jésus, le Messie et Seigneur, qui concerne l’univers tout entier. Si nous prenons soin de notre corps chaque jour, bien qu’il soit mortel, il en va de même pour notre être spirituel : « Puisque tout l’univers doit ainsi se désagréger, quelle vie sainte vous devez mener et combien vous devez être attachés à Dieu »(2 P 3.11)

La protection de l’environnement, entre autres, fait partie de cette « vie sainte », de notre « attachement à Dieu » qui est le fruit d’une relation apaisée et vivifiante avec le Créateur. C’est aussi un moyen de mettre en œuvre notre amour du prochain, qui vit dans cet environnement, et c’est enfin l’un des signes concrets de notre espérance.

–> Pour un développement plus complet, voir La Bible et l’écologie, 2ème édition révisée et augmentée, Excelsis, 2020.

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