L’Église : principal loisir des chrétiens ? (2)

Correspondances ?

Reprenons les 4 aspirations principales révélées par l’enquête de l’ObSoCO et montrons comment l’état d’esprit sabbatique de l’Ancienne Alliance, mis à jour par la Nouvelle, y répond : 

  • Un temps partagé avec ses proches / Un enrichissement de la vie sociale

En tant que fêtes familiales les événements du calendrier hébreux offrent une réponse parfaite aux attentes des français et le devoir de rachat familial de Lévitique vient renforcer ces liens en les rendants extrêmement concrets. Mais la Nouvelle Alliance donne une nouvelle dimension à tout cela avec une agrandissement considérable de la famille ! En effet, dès le début des Actes nous assistons à une solidarité matérielle entre tous les membres de la nouvelle Église qui devient de fait une famille alternative et par la suite on constate que « l’espace de sa tente s’élargit» (Es 54.2) à toutes les nations et toutes les couches de la société. Comme enrichissement et agrandissement du cercle de sociabilité, on peut difficilement faire mieux ! Dans quel club de loisir peut-on trouver un tel mélange générationnel, racial, culturel, social où l’on cultive des relations vraies et profondes ? Cette ambiance particulière qui se dégage d’un groupe de chrétiens frappe d’ailleurs souvent les personnes qui viennent pour la première fois à une rencontre. Elles parlent souvent de joie, d’attention qu’on porte à l’autre, de convivialité, de franchise, etc. Quand on a vécu trop longtemps dans une Église, on ne se rend plus trop compte à quel point le corps que Jésus a voulu se constituer sur terre est révolutionnaire. C’est bien pour cela qu’il est très important que des personnes nouvelles viennent régulièrement en visite pour le remarquer. 

Mais justement attardons-nous sur les relations que les chrétiens ont à vivre et entretenir.

  • Un facteur de développement personnel / La valorisation de soi

Pour un chrétien, les relations fraternelles sont intenses. Tellement intenses que l’on peut parfois être éprouvé, énervé, voire dégoûté de l’Église et être tenté de se replier sur d’autres groupes plus « drôles » ou « détendus ». Il est d’ailleurs vrai qu’il existe des groupes amicaux, des clubs de loisirs ou de sport où il fait meilleur vivre que dans une Église. C’est grâce à une chose très simple : des attentes ciblées. On y va pour des choses bien précises, on y donne ce qu’on a décidé de donner, on y reçoit ce qu’on est venu chercher et voilà ! Pas étonnant que tout soit facile à vivre… et qu’on en tire des bénéfices aussi limités que les attentes de départ. Cela n’a rien à voir avec les exigences relationnelles voulues par Jésus qui consistent à vivre et progresser ensemble. En tant que lieu de musculation spirituelle, relationnelle, intellectuelle et culturelle, l’Église nous donne l’occasion de vivre un autre modèle sociétal qui serait complètement utopique si le Saint Esprit n’était pas une source inépuisable de stimulations, de remises en question ainsi que de force pour se surpasser. 

Le fait est aussi clair que simple : la qualité de notre relation avec notre prochain est le reflet de notre relation avec Dieu. Il n’est que trop facile de dire – et énormément de personnes dans les Écritures l’ont dit – que notre communion avec Dieu est extrêmement profonde et que notre degré de consécration atteint des sommets alors que notre comportement social est catastrophique. Des prophètes qui ont dénoncé les injustices des puissants, à Jésus qui a humilié la piété sans pitié des religieux, en passant par Paul qui a remis en cause la spiritualité hors-sol des premiers chrétiens, la Bible l’affirme massivement (par exemple en 1 Corinthiens 13) : si nous n’avons pas de véritable amour pour notre prochain, notre communion avec Dieu est une supercherie. Ce que Dieu veut que nous vivions, c’est une véritable unité fondée sur l’amour et la vérité (Éphésiens 4.15).  Le champ de développement personnel est donc infini pour un chrétien ! En effet, au contact régulier de ses frères et soeurs dans la foi, il aura l’occasion de travailler ses connaissances, son caractère et son comportement. Et pour la valorisation de soi, tout comme un hébreux pouvait s’estimer VIP de par son appartenance au peuple de YHWH délivré d’Égypte et habitant sur une terre spécialement promise, le chrétien fait maintenant partie du corps de Christ au sein duquel il a une véritable place, un rôle à jouer. Au sein d’une communauté chrétienne, il y a tout pour s’épanouir mais comme pour tous les loisirs actifs il faudra faire des efforts pour acquérir toutes sortes de compétences et de qualités.

Fort heureusement, « cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu, qui a compassion » (Rm 9.16), c’est notre prochain point.

  • Une rupture par rapport au quotidien, une inscription dans le ralentissement, le relâchement, la distraction

L’esprit sabbatique de l’Ancienne Alliance offre une vraie rupture par rapport au quotidien, un relâchement et des distractions. Les pèlerinages à Jérusalem sont même de véritables vacances avant l’heure avec la route à faire, une délocalisation temporaire et une temporalité différente ! Mais le Nouveau Testament veut que nous nous concentrions sur une notion plus profonde : Entrer dans le repos de Dieu. C’est Jésus qui lance cette promesse extraordinaire du joug léger si l’on se tourne vers lui :

Matthieu 11.28 Venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids d’un lourd fardeau, et je vous donnerai du repos. 29 Prenez mon joug sur vous et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vous-mêmes. 30 Oui, mon joug est facile à porter et la charge que je vous impose est légère.

Le joug que propose Jésus c’est son enseignement de maître qui est très libérateur. Le public qu’il vise, ce sont les juifs de son temps qui, à cause leur comportement, de leurs défauts, de leur style de vie, sont désespérés, minés par leur inaptitude à faire la volonté de Dieu inscrite dans la loi de Moïse. Face à leur culpabilité, Jésus leur propose la paix intérieure. Qui attire-t-il avec un tel appel ? Une population laissée pour compte, des marginaux, les couches défavorisées de la société, le bas du panier en somme. Quel est ce repos, cette paix intérieure promis par Jésus ? C’est la certitude que Dieu est du côté des faibles, des repentants qui reconnaissent leur état pour le laisser agir. Et Dieu va agir grâce au sacrifice de Jésus et l’action du Saint Esprit. Comme l’écrit l’auteur de la lettre aux hébreux, entrer dans son repos c’est faire une confiance totale en celui qui nous a définitivement libérés de nous-mêmes, qui nous transforme de gloire en gloire en son image et qui nous offrira à coup sûr le repos éternel en sa compagnie. Et si cette certitude des enfant de Dieu offre un repos qui est loin de se limiter aux jours chômés, c’est tout de même en Église qu’on apprend, qu’on comprend, qu’on se rappelle et qu’on proclame la Bonne Nouvelle qui nous libère de la culpabilité et de l’incertitude. 

  • Une source de plaisir

Je viens d’une famille non chrétienne et chaotique. J’ai connu mon Église en tant qu’enfant et si j’ai compris et accepté l’Évangile bien plus tard j’ai très tôt remarqué l’atmosphère qui y régnait : les gens étaient très gentils, plutôt équilibrés, ils s’intéressaient vraiment à moi et surtout ils étaient heureux d’être là, de parler de Jésus. Plus tard j’ai vu des personnes qui avaient toutes les raisons d’être extrêmement malheureuses encourager les autres parce qu’elles étaient littéralement transfigurées par le Seigneur. La libération opérée par Dieu, l’action de l’Esprit dans les coeurs et au sein de l’Église c’est vraiment très agréable à vivre ! Lors des cultes, réunions de prière, études bibliques, jeux et discussions on vit des moments forts et profonds ensemble. Et parlons des repas en commun ! Se retrouver devant une table débordant de plats succulents venant de 3 continents, n’est-ce pas un plaisir rare ? Et gagner une quantité conséquentes de parents, grands-parents, frère et soeurs de substitutions pour constituer un peuple nouveau qui goûte déjà le Royaume, n’est-ce pas sensationnel ? Les nouveaux convertis ne s’y trompent pas : quand ils ont connu tout cela, il parle de leur foi et de leur Église à leur entourage afin de lui faire connaître cette merveilleuse nouvelle réalité. L’étude de l’ObSoCo révèle que la fierté (d’avoir progressé dans son activité) débouche naturellement sur le partage mais je pense que pour les chrétiens c’est le plaisir d’avoir trouvé LA réponse à toutes ses aspirations profondes qui incite au témoignage. Et encore en accord avec l’étude de l’ObSoCo qui décrit une transmission surtout familiale d’un loisir-passion, la foi se transmet extrêmement bien (malheureusement pas à chaque fois) quand des parents ont une foi cohérentes qui les rend heureux. S’il y a bien entendu besoin d’enseignement des enfants, je pense que le X Factor de la conversion des enfants de chrétiens c’est l’épanouissement réel (et donc visible) des adultes de l’Église. 

L’Église : un loisir attirant ?

Nous venons de démontrer que l’Église peut tout à fait répondre aux aspirations de la majorité des français en matière de loisirs. Mais alors pourquoi cette impression que la piété des chrétiens s’étiole et que les non-chrétiens ne sont pas spécialement intéressés par cette spiritualité-ci ? 

L’idolâtrie derrière le masque du divertissement

Si l’Église possède des atouts indéniables, elle doit aussi faire face à une concurrence aussi déloyale que conquérante. Déjà Nicolas de Clamanges écrivait au début du XIVème siècle à propos du détournement des fêtes chrétiennes : 

« Aussi, pour eux [le petit peuple], les fêtes ne se célèbrent-elles pas à l’église, non plus qu’à la maison. C’est à la taverne que se déroulent toutes les solennités de leur célébration. C’est là qu’on se rassemble dès le lever du soleil ; c’est là qu’on s’attarde souvent jusqu’à la tombée de la nuit. Puis quand ils ont bien ingurgité et se sont enivrés, alors ils se lèvent pour jouer. […] Et pendant ce temps, les malheureuses femmes et les pauvres enfants, pour qui ce n’est point là jour de fête, connaissent à la maison le jeûne et la misère. Il leur faut avoir faim toute la semaine et payer par des larmes, des sanglots et bien souvent des coups le prix de la voracité d’un jour de fête. »

Cela fait fortement penser à l’indignation de Dieu en Jérémie 2 qui parle d’une nation d’Israël exceptionnelle… parce qu’elle est la seule à échanger son Dieu vrai pour des dieux de pacotille ! Elle est même comparée à une femelle en rut qui ne peut s’empêcher de coucher avec des dieux étrangers et qui, comme envoûtée, dit à des morceaux de bois ou de pierre « tu es mon père ! ». Les chrétiens ont été extraits par Dieu des attraits trompeurs du monde qui les menaient à la ruine. Mais les divertissements sont tellement omniprésents et séduisants qu’il est extrêmement difficile de résister. Une image très parlante pour décrire les chrétiens occidentaux du XXIème siècle serait celle d’alcooliques abstinents qui s’entre-aident pour ne pas replonger mais qui sont constamment aspergés d’alcool. Reconnaissons qu’il est vraiment très très dur de tenir quand on est constamment assailli de toute part de sollicitations et de notifications qui détournent notre attention, qui nous poussent à imiter nos semblables non régénérés et nous font sombrer dans une certaine médiocrité. Il serait donc grand temps de remettre le sujet de l’idolâtrie à l’ordre du jour des enseignements de base dans nos assemblée en posant des questions très pratiques du genre : « qu’est-ce qui nous prend le plus de temps, d’argent et d’énergie dans la vie ? » Débusquons les idoles ! Comprenons pourquoi nous nous tournons vers elles et faisons-les fondre face à la gloire du Seigneur Jésus ! Pourquoi nous taisons-nous devant ces divertissements aliénants et décérébrants ? Sommes-nous toujours comblés par notre identité d’enfants de Dieu ? Notre repos est-il vraiment en Jésus ? Si notre premier amour a faibli comment pourrions-nous être des chrétiens contagieux ? Si nous nous laissons modeler par le monde actuel, si notre pensée est de moins en moins renouvelée, si nous nous offrons régulièrement en sacrifice sur l’autel des divertissements (anti-Romains 12.1-2), quel exemple donnons-nous à nos enfants et nos amis non-chrétiens ? Une repentance collective des chrétiens occidentaux est nécessaire.

L’Église comme loisir actif

D’après l’ObSoCo, ce sont les loisirs actifs qui passionnent, fidélisent et font monter en compétence leurs pratiquants. Ce sont encore eux qui donnent envie de transmettre la passion qu’on a pour sa pratique. La question qu’il faut donc se poser est : les chrétiens sont-ils plutôt passifs ou plutôt actifs ? En d’autres termes, font-ils l’Église ou consomment-ils l’Église ? Si on leur demande majoritairement de s’asseoir et d’écouter, d’être une assemblée qui profite d’un service on peut en déduire que nous nous trouvons face à un loisir passif (auquel les chrétiens vont avoir tendance à donner une note de satisfaction). Attention ! Un loisir passif n’est pas mauvais en soi, il est juste moins engageant. Mais face à la puissance séductrice des divertissements (eux-mêmes passifs puisque sous forme d’écran), il n’est pas très sage de rester dans la même catégorie ! Il faut donc réfléchir à des manières de rendre la majorité des chrétiens acteurs, c’est à dire, en langage biblique, de mettre à profit les dons spirituels qui sont les leurs pour le bien du corps de Christ.  Par exemple, cherchons d’autres formes de culte qui donnent une place à l’expression personnelle de la foi ? Essayons-nous de cultiver des relations fraternelles qui donnent la place à l’encouragement et l’exportation ? Comme pour les loisirs actifs « du monde » comme un sport ou la musique, on est obligé de pratiquer et s’exercer pour progresser (et rester dans son club), les chrétiens doivent progresser dans leur piété et leur service. Mais c’est ici qu’on se heurte à une nouvelle difficulté qui est une autre maladie de notre temps : l’individualisme. Par peur d’être envahissants et donc de faire fuir les frères et soeurs, nous refusons de leur poser trop de questions sur leurs occupations, la raison de leurs absences ou bien leur marge de progression dans la foi. Cela aboutit à une «  fraternité à responsabilité limitée » : je donne ce que je veux à l’Église et le reste c’est mon affaire. Cela ne semble pas être le modèle biblique de relations fraternelles authentiques et il convient de réfléchir ensemble à cultiver une redevabilité respectueuse en ce concerne la piété personnelle ou les habitudes de vie. Comment encourager les frères et soeurs à sortir de leur zone de confort et à commencer à participer à l’étude biblique ou bien à prier à haute voix lors du culte ? 

Un rétablissement du Sabbat ?

Le rythme de vie donné par les Sabbat et fêtes de l’Éternel avaient un rôle structurant salutaire pour les israélites car cela leur rappelait ce qui était essentiel dans la vie. Il semblerait qu’en occident nous ayions perdu cela. Nous n’avons jamais eu autant de temps libre mais nous n’avons peut-être jamais autant eu de mal à gérer notre temps ! Je connais un grand nombre de familles qui se sont engagées dans une débauche d’activités sportives, musicales et culturelles qui transforment leur semaine en marathon. La vérité, c’est que nous avons besoin de nous arrêter et de nous arrêter de la bonne manière. La question d’une vraie journée banalisée obligatoire, un vrai dimanche sabbatique se pose donc. Si nos weekends comportent 2 jours chômés, nous pouvons utiliser le premier (et les autres jours de semaines) pour les loisirs divers et le second pour la vie Église et la famille. De même dans chaque journée, nous pourrions encourager les chrétiens de l’Église à réserver des temps spécifiques à leur piété personnelle. Et il est utile de dire que ces temps peuvent être cumulables avec les transports ou les tâches ménagères : avec un smartphone et des écouteurs, on peut écouter la Bible ou un enseignement n’importe où. Le but de ces mesures n’est pas de revenir à un légalisme qui n’a pas fait ses preuves mais de redonner une direction à la grâce de Dieu qui a trop souvent été comprise comme un « tout est permis » déstructuré. Ajoutons que la bonne manière d’instituer ces bonnes habitudes n’est pas de les imposer mais de les rendre désirables. Car si, comme nous l’avons vu précédemment, la piété chrétienne peut combler les français en matière de loisirs, il suffit de bien mettre en valeur ses qualités pour qu’elle soit attirante. 

Nous conclurons donc sur cette question de bataille culturelle. Pour moi elle ne se situe pas d’abord du côté du wokisme ou de la sécularisation de la société. Elle réside en une question : Comment avoir des chrétiens heureux, affermis et fiers ? L’Évangile surpasse indubitablement toutes les autres idéologies et visions du monde, l’Église est indéniablement une société révolutionnaire tant dans sa composition que dans sa structure. Il faut « simplement » que les chrétiens en soient convaincus. Ainsi, ils seront contagieux et au lieu d’être contaminés.

Alors, d’après vous, comment l’Église peut-elle (re)devenir le loisir principal des chrétiens ?

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