Intervention de Marion Poujol lors d’un événement CNEF 69
Les bases étant posées, maintenant abordons 3 thématiques spécifiques et classique.
Les célibataires et la Solitude
C’est évidemment la problématique qui ressort le plus quand on parle de célibat : la question de la solitude et de l’isolement. Les gens mariés vivent dans une maison avec des gens, les célibataires eux, sont seuls. Même les célibataires avec enfants : la maison est bruyante mais il n’y a pas de vis-à-vis.
La solitude est une réalité pour la plupart des célibataires, même ceux qui vont bien : On est souvent physiquement seul, je n’ai personne autour de moi mais on peut être aussi psychologiquement seul (ex : je prends toutes mes décisions seule) et souvent les deux à la fois.
Ce n’est pas évident pour les célibataires de sortir de cet isolement. Il faut être actif pour voir des gens, il faut des mises en relations intentionnelles, il faut oser demander de l’aide pour telle ou telle chose, dire qu’on n’a pas envie de rester seul et cela est une charge en plus qui pèse sur les célibataires.

D’autant plus que souvent, les interactions entre les célibataires et les couples sont rares, c’est le constat que fait d’Anna Broadway dans Solo Planet qui s’est baladé dans le monde entier pour rencontrer des célibataires (elle a fait 60 villes sur 6 continents et 5 célibataires par ville), les célibataires ont rarement des relations amicales, fraternelles, proches, intime avec des couples ou des familles. Comme s’il y a une méfiance relationnelle entre célibataires et gens mariés. Du malaise et du jugement de part et d’autre.
Dans Solo planet Anne Brodway montre que cette solitude a des conséquences sur toute l’existence : le logement (c’est compliqué financièrement d’habiter seul), les repas (manger seul), les vacances et les loisirs (pour moi les vacances c’est une plaie) et quand la maladie ou le handicap s’invite la solitude devient très très lourde.
Mais alors dans nos Eglises où nous vivons la communion fraternelle, où nous crions sur tous les toits que nous sommes une famille ? Et bien dans nos Eglises, la solitude existe aussi. Même si des efforts sont fait, ils sont souvent maladroits.
La façon première dont l’Eglise lutte contre la solitude des célibataires dans l’Eglise c’est … le groupe de jeunes adultes, ou pour les églises les plus au fait qu’à 40 ans on n’est plus un jeune adulte : les activités entre célibataires.
C’est gentil, et c’est mieux que rien vraiment, mais que ce soit la façon principale voir la seule façon dont on lutte contre la solitude des célibataires est problématique pour au moins deux raisons :
- Cela donne l’impression que la socialisation des célibataires a pour seul but de sortir du célibat. Comment mettre fin à la solitude des célibataires ? Marions-les ! Nous ne voyons pas d’autres solutions.
- Les célibataires ont besoin de famille, d’interactions avec des familles, de relation avec des familles. Et cela leur est peu offert dans l’Eglise.
Il y a parfois une méfiance des couples mariés envers les célibataires (comme si le ou la célibataire allait être un piège pour le mariage, surtout si c’est une femme, allait tenter un des conjoints et briser un couple).
Et, aussi, les familles sont tellement débordées entre le travail, les engagements divers, les activités des enfants, le temps pour le couple, le temps passé avec des familles de potes… que de trouver du temps pour le célibataire de l’Eglise paraît un peu compliqué.
Du coup, pour lutter contre la solitude des célibataires on fait un groupe de jeune adulte.
Mais l’Eglise est un corps n’est-ce pas ? C’est une famille ?
Alors nous devrions essayer au mieux de le vivre parce que dire que l’Eglise est une famille ce n’est pas censé être des paroles en l’air ! Jésus est mort pour faire de nous une famille, voilà ce que nous pourrions faire :
- Exercer l’hospitalité. Inviter des personnes différentes. Vous avez remarqué que souvent on invite ceux qui nous ressemblent (couple jeune/couple jeune ; générations/ catégories sociales…), il faut donc oser inviter dans autre catégorie. En tant que responsable d’Eglise vous pouvez inverser la tendance en montrant l’exemple, en encourageant les membres de votre Eglise où en organisant un « devine qui vient déjeuner » etc.
- Oser s’ouvrir. Souvent on discute de ce qu’on a en commun – mais mariés/ célibataires n’ont pas toujours les mêmes préoccupations alors il faut poser des questions ouvertes, s’intéresser. Prier avec et pour. Avoir des conversations profondes, pas simplement « comment ça va » : Chercher à être un vis-à-vis pour les gens que l’on rencontre dans l’Eglise, particulièrement les célibataires.
- Proposer des services concrets. Un des défis pour les célibataires, c’est de manquer d’un partenaire attitré notamment pour s’entraider (trajets pour des rdv médicaux, bricolage, aide matérielle…). Les célibataires ont trop souvent la sensation d’être démunis. Penser à demander aux célibataires de votre Eglise s’ils ont besoin d’aide.
Les célibataires et l’amour
Si on creuse un peu plus profond derrière la question de la solitude, il y a la question de l’affection, de l’amour. La vie affective du célibataire peut vraiment être assez difficile.
La vie est difficile par le simple fait du non-choix du célibat qui est la situation de quasi 100% des célibataires dans nos Eglises. Plus les années passent, plus peut se développer un sentiment de frustration, d’injustice ou d’échec personnel. Comme toute situation imposée, subie, le célibataire peut ressentir comme une violence le fait de ne pas avoir été choisi ou de ne pas pouvoir choisir comme il veut (le cas notamment des personnes attirées par quelqu’un du même sexe). Surtout si la situation se prolonge.
La vie est difficile dans le domaine de la sexualité, ou plutôt dans son exercice qui devient problématique. Si certains vivent paisiblement l’abstinence (ça existe, même des hommes), pour d’autres c’est une source de tension ou de frustration (même des femmes). Ne pas exercer sa sexualité demande une forte compréhension du sens de l’importance de la sexualité dans le mariage, mais dans l’Eglise ce sens fait souvent défaut, on se contente de dire « le sexe c’est trop cool mais pas avant le mariage ». Ce discours engendre une frustration encore plus grande.
Aimer et être aimé est un besoin fondamental. Alors je suis loin de penser que les couples s’aiment à la perfection et je sais qu’on peut être marié et souffrir d’un déficit d’amour, mais dans le mariage, au moins il y a l’occasion, à défaut d’une réussite éclatante à tous les coups.
Mais donc, comment aimer et être aimé quand on n’a pas de conjoint ? Et quel rôle l’Eglise peut avoir pour permettre une meilleure vie affective des célibataires ? Voilà les choses que vous pouvez faire individuellement ou en tant qu’institutions.
- Enseigner la valeur de L’amour de Dieu : Je sais, c’est cliché, et on a besoin de toute une vie encore pour se rendre compte à quel point l’amour de Dieu est supérieur à tous les amours que nous pourrions avoir par ailleurs. Mais il faut enseigner que l’amour de Dieu n’est pas que théorique : L’amour de Dieu peut vous combler dans toutes les parties de votre être et il est le seul à pouvoir le faire.
- L’autre constat d’Anna Broadway dans son tour du monde des célibataires chrétiens c’est que tous disent que leur relation à Christ est ce qui les remplis et construit leur vie affective.
- Valoriser toutes les relations que Dieu donne. La famille, mais aussi l’amitié. Je pense vraiment que l’amitié est sous-côtée. Si les gens lisent l’évangile de Jean et imaginent une relation homosexuelle entre Jésus et Jean c’est parce qu’on ne croit pas qu’une intimité ne puisse être ni romantique ni sexuelle. L’intimité c’est important et le sexe n’est pas la seule façon de vivre l’intimité (Ed Shaw dans son livre sur l’église et l’attirance homosexuelle a de très belles pages dessus). On peut vivre des amitiés sincères et profondes qui comblent ce besoin d’être vu, d’être choisi et de vivre l’intimité. Et la Bible valorise l’amitié. Quelques exemples dans l’ecclésiaste au chap 4 : L’amitié permet le sentiment d’exister pour autrui et de son utilité (Voilà un homme seul qui n’a pas d’ami, ni de fils ni de frère et qui se dit : Pour qui donc est-ce que je travaille si dur ? v. 3-5), Elle permet le soutien (Si l’un tombe, son compagnon le relève, mais malheur à celui qui est seul v. 9-10) ; la chaleur des relations humaines (Si deux personnes dorment ensemble, elles se tiennent chaud, mais comment celui qui est seul se réchauffera-t-il ? v. 11) ; le sentiment de sécurité (un homme seul est facilement maîtrisé par un adversaire, mais à deux ils pourront tenir tête à celui-ci v. 12)
Mais dans l’Eglise on a tendance à se restreindre pour ce qui est de l’amitié.
On a souvent l’impression que l’amitié c’est un truc provisoire : les célibataires ont des amis, les gens mariés ont un conjoint. Et puis on est gêné, et je comprends, par les amitiés entre homme et femme, surtout si l’un des deux est marié. Je suis d’accord qu’il faut de la sagesse mais on appauvrit énormément la vie du célibataire si on ne lui laisse pas de lieu pour fréquenter des gens de l’autre sexe. Et puis il faut arrêter d’oublier qu’il y a des gens attirés par des personnes du même sexe dans nos Eglises.
Je pense qu’on peut avoir un rôle positif en valorisant les amitiés, toutes les amitiés, y compris les amitiés entre un célibataire et une famille (c’est tellement cool ces amitiés-là), y compris les amitiés intergénérationnelles.
Avoir une bonne définition de ce qu’est l’amitié et pouvoir encourager les amitiés chrétiennes et les valoriser, c’est vraiment une façon positive d’aider les célibataires à vivre le fait qu’ils peuvent aimer et être aimés.
Les célibataires et le service
Je voudrais qu’on passe un peu de temps dans 1 Corinthiens 7 parce qu’on a là, à mon avis, des trésors de sagesse qu’on a tendance à mépriser.
Dans ce passage, un des avantages du célibat est la disponibilité et la consécration à Dieu et on a vu que chez les prophètes l’image de l’eunuque que Jésus reprend et qui contient cette idée d’être entièrement disponible pour les affaires du maître puisqu’on n’a pas de famille à charge. Les célibataires sont moins attachés, ont plus de disponibilité, ont plus de mobilité et dans ces temps que nous vivons, c’est précieux. Les célibataires sont précieux et doivent être reconnus dans l’Eglise comme précieux.
Pour l’Eglise, le célibat est une bonne situation et une chose précieuse.
Mais le mariage aussi est précieux pour l’Eglise. Quand Paul dit « que ceux qui sont mariés vivent comme ne l’étant pas » il montre que c’est possible d’être marié et entièrement consacré à Dieu, marié et disponible pour servir l’Eglise.
Mais il n’empêche que Paul fait ce constat que les célibataires ne sont pas, ou moins, partagés. Alors, est-ce que l’église devrait attendre des célibataires qu’ils s’impliquent plus dans le service que les gens mariés ? Est-ce normal de s’attendre à ce que les célibataires en fassent plus ?
Regardons de plus près les versets d’1 Cor 7 (v34). Il s’agit de s’inquiéter des choses du Seigneur, de plaire au Seigneur, d’être saint, dévoué corps et esprit… au Seigneur. Pas aux activités de l’Eglise.
Le célibat est bon pas parce qu’il est utile à l’Eglise et qu’on a là une main d’œuvre qui peut faire tout ce que les gens mariés ne peuvent pas faire ! Le célibat est bon mais parce qu’il permet la sainteté. Quoi ? Mais on pensait qu’au contraire les célibataires étaient dans la tentation permanente du péché sexuel et qu’il fallait vite les marier pour éviter les débordements ! Comme si le mariage empêchait les débordements…
Le célibat est bon parce qu’il permet la sainteté dans le sens de la consécration.
Le but c’est de se consacrer au Seigneur et oui, normalement il y aura des conséquences sur les activités. Mais les activités ne sont pas dans le viseur, c’est la relation à Dieu qui est dans le viseur. Attention au discours qui donne à penser que le célibat n’a de valeur que s’il est consacré au service de l’église. Cette idée que les célibataires devraient se racheter de leur égoïsme (car ce sont tous des égoïstes en puissance évidemment !) et de leur infertilité en servant l’Eglise.
Je vois moi que mon célibat est assez bien accepté, parce que je suis dans le ministère, mais si j’étais encore prof ? Je pense que j’embarrasserais plus l’Eglise. Et ce n’est pas normal : Le célibat a un sens théologique et une valeur en soi quel que soit le service du célibataire.
Et puis, soyons réalistes, les célibataires ont du temps mais pas toujours. Certains ont des enfants a élever, certains ont un travail très prenant, certains s’occupent de leurs parents âgés, certains sont impliqués dans plein d’associations, sans compter les amis, le repos. Non les célibataires ne sont pas toujours disponibles. Mais quand ils le sont, et avec leur flexibilité, les célibataires sont hyper précieux dans l’Eglise, aussi parce qu’ils donnent des exemples de consécrations, de piété. On a besoin de gens qui nous disent qu’on est précieux, tout en se rappelant que notre service est un choix.
Mais je voulais ajouter encore une chose concernant les célibataires et le service : Pourquoi les célibataires sont-ils si peu à de postes de direction dans nos églises ? Est-ce qu’on a du mal à leur laisser des postes clé parce qu’on s’attend qu’ils se marient et se partent ? Est-ce parce qu’un des critères d’évaluation pour savoir si la personne est bien pour prendre des responsabilités dans 1 Timothée est de bien tenir sa famille, et qu’on ne voit pas comment évaluer ça chez un célibataire ? Est-ce qu’on pense qu’Ils vont être incapables de comprendre les situations pastorales des gens mariés comme si on s’inquiétait que le pasteur marié puisse comprendre la situation des veufs ou des célibataires ? J’imagine que toutes ces réponses sont possibles, et qu’il y en a d’autres encore.
Je ne vais pas parler plus de ce sujet, le temps file, mais je voulais quand même le mettre sur la table.
Conclusion : Aider les célibataires à prendre soin de leur célibat

Dans « devenir un leader émotionnellement sain » Peter Scazzero, homme sage s’il en est, encourage les responsables chrétiens à prendre soin de leur mariage et il encourage ceux qui ne sont pas mariés à prendre soin de leur célibat. Puis il panique un peu et botte en touche en disant en gros « je ne sais pas à quoi ça peut ressembler mais je suis sûr qu’il faut le faire ».
Je suis d’accord avec lui, pour qu’un mariage soit heureux et ne soit pas une « épreuve » il faut en prendre soin. De même, pour que le célibat soit heureux et ne soit pas une épreuve, il faut en prendre soin et je pense que l’Eglise peut vraiment aider les célibataires à prendre soin de leur célibat.
Alors est-ce que j’ai plus d‘idées que Peter Scazerro sur ce que cela veut dire ? Oui, un peu :
- On prend soin de son célibat en comprenant l’image théologique du Célibat. Et l’Eglise peut jouer un rôle afin d’enseigner là-dessus. Si on le fait sur le mariage (au moins lors des cérémonies de mariage) faisons-le aussi pour le célibat. Pour moi, comme pour beaucoup de célibataires le livre de Barry Danylak a changé beaucoup de choses. Mon célibat est une image de la suffisance de Christ, c’est beau et c’est fort. Les célibataires ont besoin qu’on leur rappelle que leur célibat célèbre la plénitude et la suffisance de Christ ! Quand on me le dit (ou quand je me le dis) : je prends soin de mon célibat.
- On prend soin de son célibat en prenant soin de sa solitude pour en faire un lieu de communion fertile avec Dieu et avec les autres plutôt qu’un lieu de repli sur soi. Je profite de ma solitude pour devenir quelqu’un qui prie beaucoup, qui lit beaucoup la Parole de Dieu, qui prend du temps pour appeler les gens, qui profite de la plus grande flexibilité de son emploi du temps pour visiter les gens. Je soigne ma solitude pour qu’elle soit belle et en bonne santé. Je ne vois pas trop quel est rôle de l’Eglise là mais vous serez peut-être plus créatifs que moi.
- On prend soin du célibat en faisant de l’Eglise un lieu où tout le monde a sa place, est valorisé et mis en avant : si toute la vie d’Eglise tourne autour de la famille, vraiment c’est épuisant. Faites un effort dans les applications des prédications, les thèmes des WE d’Eglises, quand vous préparez Noël. Bref juste, vivez votre vie d’Eglise en vous rappelant que la famille (1 papa, 1 maman et des enfants) n’est pas la seule situation qui existe.
- On prend soin de son célibat en faisant famille en Eglise, en donnant aux gens le droit de former des amitiés de groupes, en organisant des activités pour faire tomber les barrières, en étant présents les uns pour les autres, en osant se demander « comment ça va ? » en attendant vraiment une réponse. En demandant aux célibataires s’ils sont seuls à Noël, ce qu’ils font pendant les vacances, etc.
- Et enfin, on prend soin du célibat de ceux qui cherchent à se marier en ne leur reprochant pas leur désir de se marier (non tout désir de mariage n’est pas de l’idolâtrie) et en permettant les rencontres, les échanges, les encourager, leur présenter des gens et le faire avec joie et positivité et pas comme on enverrait une bouée à un noyé.




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