Samson, épisode 2 : il s’engage dans une voie dangereuse… mais reste-t-il maître de la situation ?

Le récit de Samson est bâti autour de trois rencontres, plus un prologue (chap. 13) et un épilogue (chap. 16). Trois rencontres avec trois femmes : c’est ce que le narrateur a choisi de rapporter des vingt ans de service de Samson en Israël ! 

Par Jessica Abe, pasteure des Églises évangéliques libres à Orléans

Le premier épisode de cette série est ici

Première rencontre : une erreur de jeunesse ? (14.1 – 15.20).

La première femme, c’est la philistine anonyme de Timna. Samson passe outre l’interdiction mosaïque de mariage avec des Cananéens, outre les réticences de ses parents, et prépare son mariage avec cette femme. Au banquet de noces, Samson propose une énigme aux jeunes gens qui l’accompagnent. Ce sont trente philistins sans doute chargés de surveiller ce dangereux étranger de marié. Ils menacent la mariée qui « poursuit Samson de ses pleurs » (14.17) jusqu’à ce qu’il lui révèle la solution de l’énigme. Samson perd son pari avec les jeunes Philistins, il doit leur procurer de coûteux habits en gage. Il quitte alors la noce (qui durait plusieurs jours), va dans une ville plus loin tuer des Philistins et récupérer les habits pour s’acquitter de son gage. Quand il veut récupérer sa femme, il apprend qu’elle a été mariée à un autre, il se met en colère et met le feu aux champs de blé des Philistins. Ceux-ci se vengent en mettant à mort la femme philistine et son père. Là-dessus, Samson se venge à son tour en tuant encore plus de Philistins. Après quelques bagarres, il a « horriblement soif », dit le texte, et il demande à Dieu à boire. 

Ce premier épisode est déroutant. On y voit un héros impulsif, qui se met volontairement dans une situation inextricable à vue humaine : uni à une femme du peuple ennemi, entouré à son propre mariage, non de ses amis, mais encore d’ennemis sans pitié. Il veut briller par son esprit en proposant une énigme, mais il est incapable de résister aux jérémiades de sa femme plus de quelques jours. Samson déclenche un engrenage de violence dont sa femme fera les frais. Si lui-même s’en sort, c’est grâce à la force que lui donne l’Esprit de l’Eternel (15.14). 

Ce qui donne lieu à la première prière de Samson qui est rapportée dans le récit (Jg 15.18). En gros, Samson dit à Dieu : « j’ai soif, tu m’a délivré des philistins, mais maintenant tu vas me laisser mourir du soif ? ». Une prière dont la forme laisse à désirer, mais Dieu y répond de manière extraordinaire, en fendant le rocher et en faisant jaillir de l’eau, comme pour encourager Samson à prier plus souvent ! A ce moment du récit, le narrateur reconnaît pour la première fois l’office de Samson. Il est écrit en Juges 15.20 : « Samson fut chef en Israël pendant vingt ans ».

Samson s’en sort bien. Alors, on pourrait être tenté de dire : ce mariage, ce n’était qu’une « erreur de jeunesse » ? Dieu continue à soutenir Samson, Samson a une seconde chance. Est-ce que Samson ne va pas prendre le droit chemin maintenant ?

Deuxième rencontre : une aventure sans conséquence ? (16.1-3).

Le récit enchaîne, en 16.1 : « Samson descendit à Gaza. Il y vit une prostituée et entra chez elle ». A nouveau, il descend, il voit, et il agit en conséquence. Cet épisode est court : après sa visite à la prostituée, Samson échappe aux Philistins et en sortant il démolit la porte qui servait à protéger la ville. Encore une fois, il s’en sort bien. Alors, on pourrait penser : après tout ce n’était qu’une aventure sans conséquence ? On efface tout et on repart sur de bonnes bases ?

Troisième rencontre : une liaison dangereuse (16.4-21).

Mais Samson n’apprend décidément pas. Cette fois-ci, le texte ne dit pas qu’il descendit et qu’il vit, mais qu’il tomba amoureux d’une femme nommée Dalila, une Philistine. Ça devient sérieux. Et puis, ce sont les princes de Philistins eux-mêmes qui viennent acheter Dalila à un prix extravagant, pour qu’elle extorque à Samson le secret de sa force. Ça devient très sérieux. Dalila harcèle Samson pour qui lui révèle son secret. Et Samson cède peu à peu en donnant petit à petit des indices à Dalila : il parle de le lier avec sept cordes et il perdra sa force (Jg 16.7), ça correspond au nombre de ses tresses. Puis il dit de tisser ses cheveux dans le métier à tisser (16.13), il se rapproche un peu plus de la vérité. Et finalement, il va révéler tout son secret. 

Samson n’a pas appris de son expérience avec sa première femme, et il cède au travail de sape de Dalila. Il ne s’embarque pas résolument à trahir son secret, mais il glisse peu à peu dans une voie dangereuse. En fait ce processus n’a pas commencé avec Dalila, mais Samson s’y est engagé dès le début. Son « erreur de jeunesse », son « aventure d’un soir », elles ne sont pas insignifiantes, elles ne sont sans conséquence, elles participent toutes à la descente spirituelle de Samson jusqu’à sa chute sans retour. A aucun moment Samson ne se ressaisit, ne repart sur de bonnes bases ; au contraire, il semble avoir plus d’assurance avec Dalila parce qu’il s’en est sorti à bon compte les fois précédentes. Au lieu de voir ses mésaventures comme des avertissements et donc des incitations à changer, Samson persiste et signe. 

  • On a ici une illustration d’un effet du péché : l’aveuglement. Plus on s’engage dans la voie du péché, moins on est lucide, moins on est capable d’arrêter tout et de repartir sur de bonnes bases. On contrôle de moins en moins la situation. On peut penser « je vais jusque-là et je m’arrête », mais en réalité c’est beaucoup plus compliqué que ça, car on perd ses repères. Et en plus, on a tendance à surestimer ses forces, comme Samson qui dit « je m’en sortirai comme les fois précédentes » (Jg 15.20), alors qu’en fait, on se retrouve entraîné par d’autres forces. Et le fait que ça se fasse dans le domaine amoureux pour Samson n’est pas un hasard : c’est tout particulièrement difficile de tenir le cap avec le Seigneur quand on lie intimement son cœur à quelqu’un qui n’appartient pas au Seigneur. Samson suit les désirs de ses yeux, mais il ne voit pas clair. Il veut jouer avec les limites, mais il a perdu les limites de vue.

Sur une note plus positive, le récit montre aussi la patience incroyable de Dieu à l’égard de Samson. Dieu ne rejette pas son serviteur au moindre faux-pas. Au contraire, Dieu s’est accroché à Samson pour que Samson le serve, Dieu lui a donné chance après chance, il lui a prodigué encouragements et avertissements. L’Esprit de Dieu a continué à fondre sur lui. Chaque délivrance accordée à Samson pouvait devenir l’occasion de son retour à l’Eternel. 

  • Il y a là de fortes raisons d’être rassuré, pour tous ceux qui veulent servir Dieu mais qui sont découragés par leur propre péché, les mauvaises habitudes, les faiblesses, les penchants, qui s’accrochent à nous et qui viennent gâcher notre consécration à Dieu. Dieu ne nous rejette pas au moindre faux-pas. Dieu est patient. Il est fidèle à l’appel qu’il nous a adressé. Il nous encourage, il nous avertit, il nous discipline et nous corrige même, mais ce n’est pas pour nous mettre de côté, c’est pour que nous soyons ses serviteurs. Oui, il nous faut résister au péché, mais que nos faiblesses ne deviennent pas le centre de notre attention. Que nous nous occupions plutôt de servir Dieu. 

Mais Samson ne voit pas Dieu comme ça, et il suit son propre chemin jusqu’au bout. Pourquoi ? Ici, on touche probablement au cœur du problème de Samson. 

À suivre…

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