Trois clefs pour comprendre les livres prophétiques

Mystérieux, opaques, insolites, stupéfiants, les livres prophétiques peuvent laisser des sentiments mitigés à ses lecteurs. Pourtant ce sont des livres passionnants et centraux dans l’Ancien-Testament. Passer à côté, c’est rater un gros morceau de l’Ancien-Testament. Alors voici quelques clefs pour lire les prophéties sans s’y engloutir.

Sommaire de la série

Première partie : le « maintenant »
  • Trois clefs pour comprendre les livres prophétiques (vous y êtes)
  • Des questions utiles à se poser (à paraître)
  • Les trois clefs appliquées à un exemple : Amos 5.1-17 (à paraître)
Deuxième partie : le « tur-fu »
  • Le langage de la prophétie : dire le futur avec le présent (à paraître)
  • Faut-il interpréter les prophéties littéralement ? (à paraître)
  • Faut-il interpréter les prophéties avec la typologie ? (à paraître)
  • Un exemple bien difficile : Ézéchiel 40 à 46 (à paraître)

 

1)  Le but des prophéties

Avant d’essayer de comprendre les livres prophétiques, il est utile de comprendre la raison d’être des prophéties dans le cadre de l’Ancienne Alliance. Les prophètes sont les porte-paroles de Dieu. Ils ont pour mission d’annoncer des messages[1] de la part de Dieu à Israël et en particulier aux institutions d’Israël lorsqu’elles sont défaillantes, la Royauté et la Prêtrise.

Israël fonctionnait dans le cadre d’une alliance entre Dieu et le Peuple où le Peuple s’engageait à obéir à Dieu et Dieu à bénir le peuple. Les rois et les prêtres étaient chacun à leur manière des représentants du peuple devant Dieu. Ils avaient donc une responsabilité particulière pour mener le peuple dans le cadre de l’Alliance mais bien souvent, ils y ont échoué et ont donc fait échouer le peuple tout entier. Interviennent alors les prophètes qui vont dénoncer les manquements des rois, des prêtres et du peuple pour remettre les pendules à l’heure.

Le prophète va jouer un rôle de soutien du pouvoir lorsqu’il est fidèle à Dieu mais il va être un contre-pouvoir au sein des institutions lorsqu’elles s’éloignent de Dieu. Je vous laisse deviner quel est le cas le plus fréquent. Les prophètes n’ont donc pas le rôle le plus valorisant. Ils vont être plutôt malaimés et connaître un sort funeste : ils font le sale boulot de dénoncer le péché.

2)  Dans une histoire

Ceci implique que les prophéties sont liées aux contextes dans lesquelles elles sont dites. Les prophètes réagissent à des circonstances bien précises auxquelles le peuple de Dieu faisait face, exactement comme les lettres du Nouveau-Testament. Mais on ne connaît pas toujours ce contexte donc il est parfois difficile de comprendre ces livres.

Comment connaît-on le contexte d’un livre prophétique :

  • Le texte lui-même laisse souvent deviner la situation à laquelle le texte réagit dans les dénonciations que fait le prophète.
  • Les livres historiques comme les rois donnent souvent des détails complémentaires même si ce livre s’intéresse avant tout à la fidélité des rois (ou pas) à Dieu. Cela a pour conséquence de voir certains rois très brièvement évoqués alors que d’un point de vue politique, ils ont été importants.
  • L’histoire et l’archéologie peuvent également donner des indices intéressants[2].

Une bonne Bible d’étude donne souvent l’essentiel de ce qu’il y a à connaître sur le contexte des livres de la Bible avec un résumé de ces trois points. En plus de ces Bibles, on peut aussi se référer aux introductions à l’Ancien-Testament[3].

Il faut également noter que les livres prophétiques ne contiennent pas toujours des prophéties à proprement parler mais aussi des narrations. On trouve plusieurs chapitres de récits dans Ésaïe ou Jérémie, et Jonas, bien sûr, est intégralement un récit. Mais on peut aussi ajouter à cette liste, les livres de Josué, Juges, Samuel et Rois qui, dans la répartition traditionnelle de la Bible hébraïque[4], sont classés dans la catégorie des « Prophètes antérieurs » et font effectivement la part belle au rôle des prophètes à plusieurs moments-clefs de l’histoire d’Israël.

La définition en genre stricts n’est d’ailleurs pas toujours évidente pour les livres de la Bible car il y a souvent des ponts et des chevauchements. Dans les cinq premiers livres de la Bible, la Torah, on trouve une très grande proportion de textes de loi, mais qui sont entrecoupés de textes narratifs et même un chouïa de prophéties comme les bénédictions des fils de Jacob en Genèse 49 ou l’annonce d’un prophète plus grand que Moïse en Deutéronome 18.

3)  Un discours argumentatif

Un texte prophétique est, avant tout, un discours argumentatif. Il s’adresse à un public dans le but d’opérer un changement chez ceux qui l’écoutent. Les prophètes vont donc déployer tous les outils rhétoriques et argumentatifs à leur disposition pour faire passer leur message.

Donc pour décoder les prophéties, il est utile de commencer par repérer les impératifs, les appels à changer de comportement. Ensuite on essaie de comprendre comment les autres paragraphes appuient ces ordres.

Enfin, pour susciter la repentance et le retour à la loi de Dieu, on peut trouver cinq accents dans les messages des prophètes dans des proportions variées :

  • Dénonciation des fautes
  • Annonce de châtiment
  • Promesses de délivrance
  • Rappel de qui est Dieu et de sa loi
  • Appel à un changement de comportement

Bien sûr, quand on pense aux prophéties, on pense à la prédiction, l’annonce du futur. Pourtant, la révélation du futur par Dieu n’occupe pas forcément la majeure partie des prophéties et surtout, la prédiction est toujours au service de la prédication. Les prophètes n’annoncent jamais le futur pour l’esbroufe mais pour provoquer un changement maintenant. L’annonce d’un châtiment a pour but de provoquer le regret tandis que l’annonce d’une bénédiction encourage à persévérer dans la confiance en Dieu.

D’ailleurs, les annonces de châtiments sont bien souvent conditionnelles et peuvent être annulées en cas de repentance, même si à première vue le châtiment a l’air d’être décrété de manière absolue et inéluctable. C’est le cas, par exemple, de la prophétie de Michée 3.12 qui annonce la destruction de Jérusalem, or Jérémie nous apprend dans son livre en 26.18-19, que le roi a écouté Michée, s’est tourné vers Dieu qui a renoncé au malheur annoncé.

Au final, comprendre les prophéties, ce n’est pas si sorcier (parce que la sorcellerie, c’est mal) mais certes, cela demande un petit peu de travail. Cependant je trouve que plus on s’immerge dans le monde de la Bible, plus les prophéties s’éclaircissent au fur et à mesure de notre lecture et ça c’est très gratifiant, édifiant.

Dans la deuxième partie de cette série d’articles, nous verrons d’autres clefs pour comprendre les prophéties qui sont peut-être un peu plus compliquées, voir controversées : comment les prophéties s’accomplissent-elles ? Faut-il les interpréter littéralement ? Qu’est-ce que la typologie ?

 

[1] On retrouve régulièrement les formules types « Oracle / Déclaration de YHWH » ou « Ainsi parle YHWH » pour introduire ou conclure un message de Dieu.

[2] La Bible d’étude avec notes d’archéologie met en lien les trouvailles archéologiques avec la Bible : https://maisonbible.fr/fr/30722-bible-segond-21-archeologique-couv–rigide-9782608184115.html

[3] En français, voici l’introduction à l’AT de référence : https://www.xl6.com/articles/9782755000801-introduction-a-l-ancien-testament

[4] Il faut savoir que l’ordre et le classement de la plupart de nos traductions de la Bible viennent de l’ancienne traduction grecque qui ne suit pas toujours le même ordre que la Bible en hébreu.

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2 Responses

  1. Bb dit :

    Bel article. Tu voudras peut-être corriger ce petit bug: les prophéties sont liées aux contextes dans lesquels elles sont dites. ☺️

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