Faut-il interpréter les prophéties avec la Typologie ?

Sommaire de la série

Première partie : le « maintenant »
Deuxième partie : le « tur-fu »

Précédemment, dans Comprendre les prophéties. Oui, aujourd’hui on commence comme dans une série américaine car cela fait parfois du bien de résumer les fils de sa pensée.

Jusqu’ici nous avons vu que les prophètes ont une vision partielle du Salut qu’ils annoncent. Ils n’ont que des indices qui les ont poussés à investiguer au sujet de ce Salut à venir. Pour raconter ce qu’ils ont compris, ils vont utiliser un langage fortement marqué par leur vision du monde. Leurs éléments de langage vont alors être empruntés à leur contexte : leur histoire, leur situation présente, les révélations des prophètes précédents et leurs institutions.

Les prophètes vont donc, chacun à leur tour au cours de l’histoire, tisser des fils thématiques qui vont se nouer et s’accomplir avec Jésus-Christ, le point de focale de l’histoire du Salut. Mais ces accomplissements ne se produisent pas nécessairement d’une manière similaire. Plusieurs logiques d’accomplissement sont mises en œuvre pour passer de l’Ancien Testament au Nouveau.

Avec cet article nous allons élargir nos horizons, car la Typologie est un raisonnement valable de manière générale pour tout l’Ancien Testament.

Le passage de l’Ancien au Nouveau expliqué par les apôtres

Intéressons-nous tout d’abord, à la manière dont le Nouveau Testament parle du passage de l’Ancien au Nouveau.

Jésus se trouve au centre du passage de l’Ancien au Nouveau. Il se présente lui-même comme l’accomplissement ou même l’aboutissement de l’Ancien Testament : « Ne vous imaginez pas que je sois venu pour abolir ce qui est écrit dans la Loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu pour abolir mais pour accomplir. » (Mt 5.17) Paul redira grosso modo la même chose : « En lui était le oui : car c’est en lui que Dieu a dit « oui » à tout ce qu’il avait promis » (2 Co 1.20). D’une manière ou d’une autre, l’Ancien Testament dans son ensemble pointe vers Jésus-Christ.

Paul parle des règles de l’Ancien Testament comme une « ombre des choses à venir : la réalité est en Christ » comme si Christ était une lumière dont la réalité projette son ombre dans le temps avant sa venue. Avec l’ombre, on peut percevoir les contours de la réalité, elle donne une idée de ce qu’est la réalité.

Le terme « ombre » se retrouve également dans l’épitre aux hébreux avec d’autres expressions. Cette lettre est intéressante pour notre sujet car l’auteur montre comment Jésus Christ accomplit et dépasse donc l’Ancien Testament. En Hébreux 8.5 : on apprend que les prêtres sont « au service d’un sanctuaire qui n’est qu’une image et une ombre du sanctuaire céleste » qui est construit « selon le modèle (en grec τύπος qui a donné en français : type) du sanctuaire céleste ». Puis en 9.24, le tabernacle est qualifié de : « ἀντίτυπος » (antitypos : correspondant à, représentation) du véritable. Le Tabernacle est une ombre du sanctuaire céleste parce qu’il est construit selon son modèle. Donc il dit, d’une manière terrestre, la réalité céleste en Christ. Et effectivement, la question du temple, c’est la question de l’accès à Dieu. En Jésus-Christ, l’accès à Dieu (qui est au ciel) se fait par la foi en Jésus-Christ parce qu’il est l’ultime sacrifice. Le tabernacle, montrait qu’il y avait besoin d’un sacrifice pour accéder à Dieu, ce sacrifice était bien imparfait comparé à celui de Christ mais il donnait une idée de ce qui allait venir en Christ. Donc le système du Tabernacle préfigure le système de Salut en Jésus-Christ. On retrouve une logique de préfiguration de Jésus Christ dans l’Ancien-Testament. Pour cela, l’épitre emploie les mots d’ombre, d’image, de modèle, même de parabole (en 9.9 qui peut aussi être traduit par image, symbole) de la réalité qui est en Jésus-Christ.

Ces expressions se retrouvent également dans d’autres textes du Nouveau Testament : Adam est présenté comme un Type (un modèle, une ressemblance, une préfiguration) de Jésus. Pierre en 1 P 3.21 parle du déluge comme un Antitype (image, représentation) du Baptême. Etc.

Ceci nous permet de voir qu’il y a en fait deux sortes d’accomplissement : les prédictions qui s’accomplissent directement et les préfigurations qui s’accomplissent aussi, mais indirectement.

L’accomplissement direct

Lorsqu’un Prophète annonce un événement futur, il faut bien l’avouer, il arrive qu’il se produise tel qu’annoncé. Ou en tout cas que des éléments bien précis de l’annonce se réalisent.

Par exemple, quand Jean-Baptiste a des doutes sur la messianité de Jésus, il lui demande : « wesh cousin, est-ce que c’est bien toi le Messie ? » Mais si, c’est bien lui et pour le rassurer, Jésus lui fait, dans Mt 11.5, la liste de ses miracles. Il y cite notamment Ésaïe 35.5 : « Les aveugles voient » et 61.1 : « La Bonne Nouvelle est annoncé aux pauvres. » Jésus est donc bien le Messie annoncé par Ésaïe, CQFD.

L’accomplissement indirect

Dans l’autre cas, le Nouveau Testament va mettre en avant des accomplissements qui sont un peu subtils à comprendre à l’aide de raisonnements typologiques.

Alors la Typologie, qu’est-ce donc ? C’est une mise en correspondance d’une réalité de l’Ancien-Testament avec une réalité du Nouveau-Testament avec Jésus comme clef pour passer de l’un à l’autre. Dans le jargon théologique, on appelle la réalité de l’Ancien Testament le « Type », et la réalité correspondante « l’Antitype ». Ce sont des mots qu’on retrouve dans les textes cités plus haut, qui sont d’ailleurs quasi interchangeables et qui ont été utilisés pour forger la théorisation de cette manière de raisonner. En grec le Type, c’est le modèle, la figure, l’exemple, et l’Antitype, c’est “ce qui correspond à”.

Le Type et l’Antitype peuvent être un personnage comme le roi, le juste, le prêtre, le serviteur souffrant. Ils peuvent également être une institution comme le temple,  la prêtrise avec les sacrifices, l’Alliance, ou un événement comme le déluge. Bref ça peut être plein de trucs !

Maintenant, cette mise en correspondance ne se fait pas n’importe comment. Et histoire de ne pas simplifier les choses, elles ne se fait pas tout le temps de la même manière. Mais ce qui sous-tend le raisonnement typologique, c’est qu’au cours de l’histoire, Dieu se révèle progressivement. Dans sa révélation pédagogique, le Seigneur va mettre en place, dans la progression du temps, des archétypes imparfaits pour montrer une certaine direction et en même temps une certaine insatisfaction qui susciteront l’attente d’une solution ultime : Jésus-Christ, Amen, Alléluia.

Dans ma synthèse personnelle de la typologie, je trouve qu’il y a principalement trois logiques qui regroupent bien l’ensemble des cas rencontrés.

  • Logique de préfiguration, ou la typologie par similitude

Le cas le plus simple est celui du raisonnement par similitude. Machin dans le Nouveau Testament ressemble à truc dans l’Ancien Testament. Machin est vachement mieux que truc mais truc préfigure machin.[1]  Quelques exemples :

  • « Abraham crut en Dieu et cela lui fut compté comme Justice » (Gn 15.6) Paul cite ce verset dans Ro 4.3 pour montrer qu’Abraham préfigure le principe du Salut par la foi.
  • Les sacrifices d’animaux pour le Péché de l’Ancien Testament préfigurent le sacrifice parfait de Jésus. Parce que les sacrifices pour le péché montrent qu’il y a besoin de sang versé. Car il faut que la sentence du péché soit appliquée pour le pardon. Le sacrifice montre aussi que quelqu’un d’autre peut se substituer au pécheur pour subir cette peine. L’animal dans l’AT, Jésus dans le NT.

La préfiguration joue sur les similitudes entre le type et l’antitype. Cette typologie suscite l’attente d’un espoir pour les premiers lecteurs. Le fait qu’il y ait des sacrifices dans l’Ancien Testament suscite l’espoir que Dieu n’abandonne pas les hommes à leur Péché.

  • Logique d’inachèvement, ou la typologie par contraste

Mais le Nouveau Testament peut également faire une mise en correspondance par contraste ou par opposition. Le but ici est de souligner les limites du type afin de montrer à quel point l’antitype est nécessaire.

C’est le cas, par exemple du Grand-Prêtre de la lignée d’Aaron. Le Grand-Prêtre issu d’Aaron devait offrir un sacrifice pour son propre Péché avant d’offrir un sacrifice pour le Péché du peuple lors du Yom Kippour. Alors que Jésus comme Grand-Prêtre est parfait, il n’a pas besoin de faire de sacrifices et c’est lui-même qui s’offre en sacrifice parfait.[2]

Lorsque Jésus dit : « je suis la vraie vigne » (Jn 15.1), il fait un raisonnement de ce genre. La vigne c’est une image courante dans l’Ancien Testament qui désigne Israël. En disant je suis la vraie vigne, il dit je suis le vrai Israël. Il l’est parce qu’il a réussi là où Israël a échoué en portant des fruits pourris. Jésus glorifie Dieu en faisant porter du fruit à ceux qui s’attachent à lui. Il fait ainsi écho à un passage comme Esaïe 5.1-2 : «Je veux chanter |pour mon ami la chanson de mon bien-aimé |au sujet de sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en sarcla le sol, |en enleva les pierres et il y mit des plants de choix. Il bâtit une tour de guet |au milieu de la vigne et il y creusa un pressoir. Il attendait donc de sa vigne |de beaux raisins, mais elle n’a produit |que des raisins infects »

Cette typologie-là exploite les limites de l’Ancien Testament qui de leurs temps suscitaient, chez les premiers lecteurs, l’attente d’une meilleure solution que ce qu’ils pouvaient voir devant eux.

  • Logique « à plus forte raison »

Après la Typologie par similitude et par contraste, qu’est-ce qu’on va encore inventer ? La logique à plus forte raison.

Si quelque chose est vrai pour le type, il est vrai à plus forte raison pour l’antitype. Dans Jean 10, Jésus est accusé de se faire passer pour Dieu et il réplique en citant le Ps 82 v 6 : «J’avais dit : |“Vous êtes des dieux, oui, vous tous, vous êtes |des fils du Très-Haut !”» cité en Jean 10 v34-35. La « loi » (un Psaume en l’occurrence) qualifie de dieux des hommes qui ont reçu la parole de Dieu et qui sont donc très loin d’être Dieu. Donc, si l’Ancien Testament a pu appeler de simples hommes des dieux, à plus forte raison, le titre de Dieu est un bon titre pour le Fils de Dieu et ce serait une mauvaise idée de lapider Jésus pour cela.

Ce raisonnement est souvent exploité avec le thème du juste souffrant en particulier dans les Psaumes où apparaît régulièrement la figure du juste qui souffre mais qui s’appuie sur Dieu qui va le délivrer, comme David par exemple. Si Dieu va délivrer David qui est juste, pas parfaitement juste mais pas mal quand même, à combien plus forte raison, va-t-il délivrer Jésus, le juste ultime, ou même nous qui sommes justes aux yeux de Dieu, en Jésus.

À la croix se trouve l’exemple typique de cette logique lorsque Jésus s’exclame : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ». Une citation du Psaume 22 de David que Jésus s’approprie. Or ce Psaume commence par le désespoir mais finit par l’espoir. Au v. 23 David dit : « tu m’as répondu ». Or Jésus en disant « mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné » connaît la suite et il sait que ce qui vient, c’est « tu m’as répondu » parce que si Dieu a secouru David, Il va d’autant plus secourir Jésus. Donc ce cri d’abandon exprime, en fait, une confiance en Dieu.

Cette typologie s’appuie sur la fidélité de Dieu, on sait qu’Il est bon et qu’il tient ses promesses. Donc s’il a été bon avec les croyants de l’Ancien Testament, il le sera d’autant plus avec ceux qui sont en Jésus-Christ.

S’il y a plusieurs manières dont les raisonnements typologiques sont exploitées par les auteurs du Nouveau Testament. Ils ont en commun le fait qu’un seul Dieu a œuvré dans l’histoire en deux phases décisives : une phase de préparation de l’œuvre de Christ et une phase d’accomplissement de son œuvre. Il n’est pas toujours aisé de percevoir la pédagogie divine, mais plus on s’y plonge plus on s’émerveille du vertigineux plan de Dieu pour sauver le monde.

[1] Oui, j’aurais pu dire le Type au lieu de truc et l’Antitype au lieu de machin, mais bon… il faut varier les plaisirs.

[2] Voici un résumé en image de cet argument d’Hébreux: http://www.creusonslabible.fr/?p=5998

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