Théologie biblique de la faiblesse

INTRODUCTION

Pourquoi les serviteurs de l’Éternel tout puissant doivent-ils être faibles ? Dieu est le roi de l’univers et pourtant, il semble prendre un malin plaisir à choisir des hommes faibles pour accomplir ses desseins car il est aussi le roi des renversements de situation.

Qu’est-ce que la faiblesse ? Le mot a bien souvent une connotation négative, il exprime bien souvent la perception d’un manque de force. On peut distinguer plusieurs sortes de faiblesses :

La faiblesse peut être liée au péché. Elle est notre manque de force morale qui nous empêche de résister à la tentation dû à notre condition pécheresse. 

Elle peut être constitutive de notre état de créature. Du fait de nos limites, nous pouvons être incapables d’agir parce qu’on n’a pas la force ou le pouvoir d’agir. C’est une faiblesse « normale » De manière plus négative, elle peut être subie, à cause de l’oppression, de l’abus de pouvoir, dans les situations d’esclave ou de pauvreté, par exemple.

L’enjeu de la chute : Adam et Ève font preuve de faiblesse morale en cédant à la tentation, ils perçoivent leurs limites de créature comme des faiblesse et cherchent, en prenant du fruit à être « comme Dieu » (Gn 3.5)

En conséquence de la chute, Dieu réaffirme les limites des humains en les confrontant à la difficulté et la douleur des tâches nécessaires à leur besoin et pour perpétuer la vie. De plus, l’exclusion du jardin et donc de la présence de Dieu vient réaffirmer sa limite fondamentale : il n’est pas Dieu. À cette dépendance fondamentale qui existait déjà avant, la chute rajoute un manque : L’être humain est faible car il manque de Dieu. La suite de l’histoire montre comment Dieu vient combler ce manque.

DANS L’ANCIEN TESTAMENT

L’Ancien Testament va d’un côté, instituer un principe d’obéissance à travers la loi qui ne fait que souligner notre incapacité à la suivre (Ro 3.20). Tout en valorisant, d’un autre côté, l’attitude de l’humble qui ne peut s’en sortir qu’en comptant sur Dieu (Ps 22. 25,27, Pr 3.34) et en anticipant le salut par grâce en mettant en avant des êtres humains souvent faibles, peu puissant ou perçus comme illégitimes.

Dès Abraham, le prototype du salut par la foi que Dieu choisit pour se former un peuple dans un pays promis. Il est exilé, loin de son pays, sa femme est stérile et ils sont âgés et sa femme est stérile. Il lui manque beaucoup pour être père d’un peuple nombreux. Et ce n’est que le premier, l’AT regorge de profils « pas idéal pour le poste ». Il y a les petits derniers : Jacob qui est plus est roublard, Joseph le prétentieux, Éphraïm, David. Moïse le plus grand prophète qui ne sait pas parler. Jérémie trop jeune et sensible pour annoncer le malheur.

Israël n’est pas choisi parce c’est un peuple bon et fort mais faible et méprisable. (Dt 7.7-8) Cette petitesse fait que ce peuple ne peut subsister qu’en étant dépendant de Dieu. 

Est-ce, entre autres, pour avoir plus de force que qu’Israël demande un Roi pour faire comme les autres nations, un système plus efficace et réaliste que de compter sur Dieu par la foi ?

Pourtant la loi anticipait l’arrivée royale avec trois interdits fondamentaux : pas de richesse (pas de pouvoir économique), pas de chevaux (pas de puissance militaire) pas de mariage (pas de puissance géopolitique) mais une obligation s’attacher à la Loi. Le Royaume doit rester faible pour dépendre de Dieu. (Dt 17.14-20)

Salomon est le roi qui a utilisé sa sagesse pour se passer de Dieu en bafouant allègrement tous ces interdits ouvrant la voie vers la déchéance du royaume de Dieu. La suite de l’histoire ne va pas être bien glorieuse, bien peu de Rois vont chercher à dépendre de Dieu, jusqu’à l’exil où le peuple devient définitivement faible, sans roi (humain) avec comme seul héritage la promesse que Dieu ne les abandonnera pas.

DANS LE NOUVEAU TESTAMENT

Le Nouveau Testament pousse la logique de la faiblesse à son paroxysme Avec en tout premier lieu l’abaissement vertigineux de Jésus, qui passe du statut le plus exalté : La parole auprès de Dieu qui est de condition divine. Au statut le plus méprisé incarné en prenant la condition du Serviteur rejeté par les siens (Jn 1 ; Phi 2.6-11)

Les récits de la naissance de Jésus illustrent bien cette vulnérabilité que prend la deuxième personne de la trinité avec une naissance perçue comme illégitime dans une famille pauvre, obligée de fuir face à la menace d’un roi despotique.

Cette faiblesse n’est pas un simple effet de style. Elle est le moyen du Salut (Ro 5.6) son acte de dépouillement nous sauve (2 Co 8.9) car il est le sacrifice qui résout le problème de notre péché (1 Pi 3.18) 

Cette manière de faire dit beaucoup de qui est Dieu et de ce qu’il veut.

  • La faiblesse comme opposition au mal

Dieu utilise la faiblesse pour répondre à l’orgueil des humains comme un pied de nez à leur prétendue force. Il est celui qui s’oppose aux orgueilleux (1 Pi. 5.5) et les confond avec ce qui leur semble faible, fou ou sans valeur (1Co 1.18-25) afin d’opérer ce formidable renversement de 

  • La faiblesse comme apprentissage de la dépendance

L’apôtre Paul n’hésite pas à souligner la faiblesse de son corps mortel et ses capacités humaines limitées afin de mettre en avant l’œuvre de Dieu dans sa vie (2 Co 4. 7) les résultats de son ministère sont alors une manifestation de la puissance de Dieu. (1 Co 13.4) 

La puissance de Dieu qui se voit est alors une marque de la grâce de Dieu qui continue d’œuvrer dans la vie du croyant. Nous ne sommes pas seuls dans notre sanctification ou pour accomplir ce que le seigneur nous demande mais nous pouvons le faire car Dieu nous donne de le faire (Eph 2.10 ; Phi 2.13) 

  • la faiblesse comme modèle à suivre

Tous les croyants sont invités à suivre l’exemple du Christ en imitant l’attitude de Jésus qui s’est sacrifié pour nous (Phi 2.5ss) Même dans une situation de souffrance injuste, Pierre invite l’esclave à imiter Jésus en acceptant les souffrances injustes dans l’espoir que son maître se convertissent (1 Pi 2.21)

Mais cet exemple est encore plus fondamental pour les responsables d’Églises. Jésus introduit son discours d’adieu en lavant les pieds de ses disciples ce qui est une mise en scène de ce qu’il s’apprête à accomplir à la croix que les disciples doivent imiter. Ils doivent devenir serviteur à leur tour en annonçant l’Évangile de leur maitre.

Pierre présente également les responsables d’église comme des-sortes de « petits bergers» qui marchent dans les pas du grand berger en prenant soin des brebis avec humilité. (1 Pi. 5.1-3)

L’humilité de tous les membres de l’Église fait de la communauté chrétienne une « safe place » pour que les croyants puissent exprimer leurs vulnérabilités tout en se soutenant les uns les autres. 

Car Finalement, dans ces conditions, la faiblesse devient occasion de solidarité. D’abord solidarité de Dieu présent dans les croyants, soupirant (Ro 8.26) après les soupirs de ses enfants Ro 8.23 ) et même de la création (Ro 8.22) face à la frustration du monde déchu. Puis solidarité des croyants entre eux qui peuvent dire comme Paul : qui est faible sans que je sois faible ? (2 Co 11.29).

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