Le Millénium dans tous ses états (4) : Le Dispensationnalisme

LA FIN DU MONDE ! Jésus va revenir et il va juger les vivants et les morts. Où ? Quand ? Comment ?

Il y a quelques décennies, les évangéliques polémiquaient vivement au sujet des différentes théories autour de ces questions, c’est-à-dire au sujet de l’Eschatologie (la doctrine des choses de la fin). De nos jours, l’atmosphère s’est quelque peu détendue, car la plupart sont d’accord sur le fait que les divergences touchent à des questions secondaires, l’important est d’être d’accord sur le fait que Jésus va revenir, et avec lui, le jugement, la résurrection et la nouvelle création, youpi ! Mais toujours est-il que ces divergences subsistent.

Sommaire de la série

Le millénium d’après le dispensationnalisme

En Bref

Le dispensationnalisme est un système théologique plus large que la seule question de la fin des temps. Faute de place, je me concentrerai uniquement sur la question du millénium (même si tout est lié).

Cette position est une variante du pré-millénarisme post-tribulationniste[1] qui fait une lecture chronologique de l’Apocalypse[2]. À celle-ci, on ajoute également tous les accomplissements des prophéties et annonces de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Le millénium est alors compris comme la période où s’accomplissent toutes les promesses de Dieu pour Israël. En effet, lors de la venue, de la mort et de la résurrection de Jésus, toutes les promesses de l’Ancien Testament ne se sont pas littéralement accomplies. C’est qu’il faut attendre un autre accomplissement, cette fois complet, de ces promesses. L’aspect le plus particulier du dispensationnalisme est de faire une nette distinction entre Israël et l’Église. Israël est le peuple terrestre de Dieu, destiné à vivre dans le royaume sur terre tandis que l’Église est le peuple spirituel de Dieu destiné à vivre au ciel.

Le déroulement du millénium

Le millénium va survenir après une série d’étapes déclenchées par le premier retour de Jésus. Lors duquel Jésus paraît dans les airs, les croyants de l’Église ressuscitent alors et Jésus les enlève de la terre et les ramène dans le ciel.

Pendant ce temps, a lieu la grande tribulation qui tue un grand nombre d’homme (2/3 des juifs, 1/3 ou ¼ de l’humanité selon les versions). Puis vient le deuxième retour de Jésus qui, cette fois, instaure un royaume terrestre théocratique : Israël et ressuscite les juifs croyants. Ceux-ci évangélisent le reste du monde.

Satan est « lié » ce qui permet à la terre entière de se tourner vers Jésus. La malédiction de la terre est levée ce qui permet de vivre dans un environnement où règne la paix et la prospérité. Les ressuscités cohabitent avec les non-ressuscités qui bénéficient d’une longévité exceptionnelle malgré tout (d’après Ésaïe 65.23).

Jérusalem devient la capitale du monde, un temple y est reconstruit, les sacrifices sont rétablis. Pour certains, ils le sont de manière mémorielle puisque seul le sacrifice de Jésus est efficace quant au salut. Pour d’autres ils gardent leur caractère expiatoire.

De cette manière, Israël rayonne et devient la lumière des nations qui viennent adorer le Seigneur à Jérusalem. Jésus exerce son règne de manière autoritaire, avec un sceptre de Fer. Certains adhèreront au Christ de manière sincère, d’autres de manière plus extérieure.

À la fin du millénium, Satan sera relâché et séduira ceux qui n’ont pas vraiment cru en Christ. Les vrais croyants ressusciteront, puis vient le Jugement dernier où les incroyants de tous les temps sont jugés et ressuscitent pour la condamnation éternelle puis viennent les nouveaux cieux et la nouvelle terre

Les dispensationnalismes

Cette position a eu un grand retentissement jusqu’il y a assez récemment mais a été très critiquée et aujourd’hui peu la revendiquent telle quelle. Beaucoup de théologiens néo-dispensationnalistes ont relativisé et se rapprochent des positions prémillénaristes classiques. Donc il y a en fait toute une palette de positions entre le Dispensationnalisme « classique » et le prémillénarisme.

Évaluation critique

Cette position a laissé peu de monde indifféremment et provoqué moult débats. Si aujourd’hui, elle est globalement en perte de vitesse, elle a toujours d’ardents défenseurs. Plusieurs éléments de recul critique concernant le prémillénarisme[3]. En ce qui concerne spécifiquement le dispensationnalisme, ce qui a beaucoup été reproché par les autres positions est un excès de littéralisme[4] et la grande séparation faite entre l’Église et Israël.

Nous avons peu parlé de ces 10 versets de l’apocalypse jusqu’ici. En fait, la majorité des éléments qui sont associé au millénium d’Apocalypse 20.1-10 ne viennent pas de ce texte mais de toutes les prophéties de l’Ancien Testament que l’on n’arrive pas à relier à l’Église parce qu’on part du principe qu’elles doivent s’accomplir littéralement avec un Israël de caractère essentiellement juif. Les critiques du dispensationnalisme font alors remarquer que le Nouveau Testament ne va pas tellement dans le sens d’une distinction entre juifs et non-juifs. Par exemple, Éphésiens 2.11-21 insiste beaucoup sur l’unité entre juifs et non-juifs au point qu’ils forment une nouvelle humanité v. 15 : « Il voulait ainsi créer une seule et nouvelle humanité à partir des Juifs et des non-Juifs qu’il a unis à lui-même, en établissant la paix. » Ou 1 Pierre 2. 4-10 où l’apôtre applique à une église composée de juifs et de non-juifs des expressions très fortes qui désignaient Israël dans l’Ancien Testament, en particulier au v. 9 : « Mais vous, vous êtes un peuple élu, une communauté de rois-prêtres, une nation sainte, un peuple que Dieu a pris pour sien » qui cite Exode 19.5-6.

Faut-il que les prophéties s’accomplissent littéralement ou non ? La question n’est peut-être pas posée dans les termes les meilleurs. Regardons plutôt vers Jésus qui se définit lui-même comme celui qui accomplit l’Ancien Testament (Mt 5.17-18). La question à se poser est alors plutôt comment Jésus accomplit-il telle ou telle prophétie ? Le Nouveau Testament va même présenter Jésus comme le nouvel Israël. Lorsque Jésus dit qu’il est la « vraie vigne  » il ne dit pas autre chose que « je suis le vrai Israël »[5]  C’est d’ailleurs bien « en lui » que juifs comme non-juifs font partie de la même humanité d’Éphésiens 2.15.

Conclusion

En insistant autant sur le principe de l’interprétation littérale, on peut se demander si on ne donne pas un cadre un peu forcé aux prophéties de l’Ancien Testament en sachant que le Nouveau Testament donne déjà un autre cadre : le salut en Jésus Christ (1 P 1.10-12). Il faut cependant aussi se souvenir que l’insistance sur l’interprétation littérale est née dans un contexte de réaction au libéralisme théologique où l’on voyait notamment les miracles de Jésus comme au mieux des mythes au pire des métaphores. Il était alors important d’affirmer que « marcher sur l’eau » voulait bien littéralement dire « marcher sur l’eau » dans son sens « normal ». Le soin du dispensationnalisme à s’attacher à l’écriture telle qu’elle se présente est une belle source d’inspiration.

[1] Les tribulationnismes sont expliqués dans cet article :  http://www.creusonslabible.fr/?p=5102#_ftnref2

[2] Sur les clefs de lecture de l’apocalypse, relisez cet article : http://www.creusonslabible.fr/?p=4947

[3] Qui se trouvent dans cet article : http://www.creusonslabible.fr/?p=5102

[4] Pour plus de détails sur les questions d’interprétation littérale ou non des prophéties, vous pouvez vous référer à ces articles : http://www.creusonslabible.fr/?p=6617 & http://www.creusonslabible.fr/?p=6635

[5] Cet exemple est d’avantage développé dans cet article : http://www.creusonslabible.fr/?p=6635

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