Géopolitique biblique (4) : Retour à la case “Départ”

Depuis le début de leur histoire, depuis l’appel d’Abraham, le bonheur des israélites ne dépend que d’une seule et unique chose : la fidélité à l’Éternel. Pourtant il vont inlassablement le trahir, jusqu’à leur chute.

Sommaire de la série

Exil

Alors que les hébreux s’apprêtaient à entrer dans le pays promis, Dieu les a bien prévenus de ce qui les attendait si jamais ils sombraient dans l’idolâtrie :

Le SEIGNEUR vous dispersera parmi les peuples, et vous ne resterez qu’un petit nombre d’hommes parmi les nations où le SEIGNEUR vous emmènera. Là, vous servirez des dieux qui sont l’oeuvre de mains humaines, du bois et de la pierre, qui ne peuvent ni voir, ni entendre, ni manger, ni sentir.

Deutéronome 4.27-28

Après plusieurs siècles de patience, Dieu va mettre sa menace à exécution.

Israël en Assyrie

Malgré les exhortations de Élie et Élisée au 9ème siècle et celles d’Osée et Amos au 8ème siècle, les dix tribus du royaume du nord ne sont pas revenues de leur idolâtrie chronique. Dieu va donc se servir de l’ogre assyrien pour dévaster la capitale Samarie et déporter une bonne partie de la population (27 290 personnes d’après les annales du roi Sargon II).

Empire_neo_assyrien.svg: *Middle_East_topographic_map-blank.svg: Sémhur (d)derivative work: Zunkir (d)derivative work: Zunkir (d) / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)

Conformément aux pratiques de l’époque, l’envahisseur prend l’élite politique et artisanale du vaincu pour la transplanter à l’autre bout de l’empire et met à sa place d’autres populations. Cela a l’avantage de décourager toute révolte puisqu’il y a désormais déconnection entre les peuples et leur terre d’origine.

Juda en Babylonie

Grâce à un plus grand nombre de rois fidèles, le royaume de sud a résisté plus longtemps que les frères-ennemis du nord. C’est d’ailleurs grâce à leur foi que les judéens ont miraculeusement échappé aux coups de boutoir des assyriens. Pourtant, des souverains vont faire des choix absolument dramatiques qui vont pervertir la majeure partie de leur société pour aller tous ensemble droit dans le mur. Et à l’aube du 6ème siècle, le mur s’appelle Babylone qui, à son tour, va déporter ce qui reste du peuple de Dieu.

Middle_East_topographic_map-blank.svg: Sémhur (talk)derivative work: Zunkir [CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)]

La chose intéressante, c’est que Dieu (via Nabuchodonosor) a été patient dans sa colère puisqu’il n’a pas tout dévasté d’un seul coup. La déportation s’est faite en 3 phases :

  • En 605, les babyloniens emportent une partie de l’élite judéenne dont un certain Daniel. Ce sont des sortes d’otages pour éviter une nouvelle révolte.
  • En 597, après une nouvelle tentative de révolte des gouvernants judéens qui croient que l’Égypte va les aider, Nabuchodnosor continue de priver le royaume du sud de ses meilleurs éléments (18 000 personnes selon 2 Rois 24) dont le roi Joïakîn (qu’il va remplacer par son frère) et un certain Ézéchiel.
  • En 586, s’en est trop ! Le roi babylonien prend Jérusalem, tue tous les princes de Juda devant leur père avant de lui crever les yeux (pour que soit la dernière jour qu’il verra) et déporte une bonne partie de la population (à part les vignerons et les agriculteurs) à l’autre bout de l’empire.

Abraham à l’envers

Ces trajets vers la déportation ne vous disent rien ? Oui, ils suivent le chemin inverse de celui d’Abraham 1500 ans auparavant. C’est comme si à cause de leur incrédulité les descendants du patriarche devaient pathétiquement dévaler la pente que lui avait brillamment franchi grâce à sa foi en l’Éternel.

Middle_East_topographic_map-blank.svg: Sémhur (d)derivative work: Zunkir (d) / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)

Une partie des judéens a même (re)fait le voyage jusqu’en Égypte. En effet, après la dévastation de Jérusalem, Nabuchodonosor a laissé sur place certains notables qui lui restaient favorables (dont le prophète Jérémie). Mais il y a tout de même eu une nouvelle révolte en 582 qui aboutira à l’assassinat de Gedalia, homme de confiance du roi de Babylone. Pris de panique, les terroristes vont aller se réfugier chez leur allié égyptien, emmenant de force Jérémie dans les villes du delta du Nil.

Bilan

La question qui se pose dorénavant est : si après 7 siècles de possession du pays promis, la situation est la même que du temps d’Abraham, à quoi cela a-t-il servi ?

  • Cela a permis de comprendre que même avec une loi qui indique la volonté de Dieu, des lévites qui l’enseignent et des prophètes qui la rappellent, les israélites sont incapables de rester fidèles. L’anthropologie biblique est franchement pessimiste !
  • Cela a permis de comprendre la patience, la pédagogie et l’amour de Dieu pour son peuple. Il a inlassablement essayé de ramener ses enfants à lui mais quels que soient les moyens employés (encouragements, miracles, menaces, sanctions…) il n’y a jamais vraiment eu de changement de coeur. Il n’empêche que Dieu a démontré son caractère admirable pendant cette période.
  • Cela a permis de percevoir la suite du plan de Dieu. Grâce aux différents prophètes qui se sont succédés, on peut comprendre que parce que le coeur de l’homme est tortueux plus que tout autre chose (Jérémie), Dieu va envoyer un nouveau David qui va libérer son peuple de son exil spirituel (Ésaïe). Il va même envoyer son Esprit pour ressusciter ses enfants spirituellement morts (Ézéchiel) et les rendre capables de l’adorer (Joël). Mais avant tout cela, on apprend qu’au bout de 70 ans (Jérémie) un reste (Ésaïe) va revenir d’exil. Ce sera le sujet du prochain article de la série.
Pour aller plus loin :
  • Si vous voulez mieux comprendre les dernières années du royaume de Juda, vous pouvez consulter cette frise chronologique.
  • Le numéro 1 de ce top 5, raconte la délivrance miraculeuse de Jérusalem assiégée par les assyriens.

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