Géopolitique biblique (6) : En attendant Jésus

La prophétie de Daniel 9 était claire : 500 ans après le retour des juifs, le Messie devait venir. Voici le résumé des événements qui ont construit le monde dans lequel Jésus a évolué.

Sommaire de la série

Province perse

Quand une partie des juifs revient chez elle pour rebâtir Jérusalem et son temple, c’est en tant que morceau infime de l’immense empire perse. Et alors que les travaux débutent sous les ordres du prince Zorobabel et du prêtre Josué, les choses ne vont pas très très bien se passer.

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Car les peuples qui les avaient remplacés pendant l’exil à Babylone ne voient pas d’un très bon oeil leur ré-installation. Soyons précis : au départ ils proposent aux juifs de les aider à reconstruire le temps, ce qui est plutôt gentil. Mais il y a un problème : ils sont issus d’autres régions de l’empire babylonien et en plus d’adorer l’Éternel (qu’ils considèrent comme un dieu local) ils ont aussi une multitude d’autres divinités ! Quand les juifs refusent leur aide, ils le prennent très mal et font arrêter les travaux. Mais grâce aux encouragements des prophètes Aggée et Zacharie, la reconstruction va reprendre et c’est enfin l’empereur perse lui-même qui va ordonner qu’on laisse les hébreux tranquilles. Quand 60 ans plus tard Néhémie vient à Jérusalem pour reconstruire les murailles de Jérusalem, ce sont encore les peuples alentours qui vont lui mettre des bâtons dans les roues. Ces gens aux origines et religions métissées vont devenir les fameux samaritains. Ils finiront par se bâtir un temple à eux sur le mont Garizim à la fin de la période perse, civilisation montrée sous un jour positif dans les livres d’Esdras, Esther ou Néhémie.

Province grecque

En 333 Alexandre le Grand défait le perse Darius III et s’empare de son empire. Les juifs passent sous domination grecque.

Generic Mapping Tools / CC BY-SA (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/)

À la mort d’Alexandre 10 ans plus tard, l’empire est divisé entre ses généraux et la Palestine (qu’on appelle la Koilé-Syrie) est comme d’habitude prise en étau entre l’Égypte des Lagides au sud et la Syrie des Séleucides au nord. Mais la lutte entre les deux puissances n’est par le plus grand de leur soucis. Ce qui finira par les menacer est un processus qui vise à généraliser la culture grecque : l’hellénisation. Cette hellénisation va être tellement forte que des juifs d’Alexandrie (Égypte) vont traduire l’Ancien Testament en grec. Selon la légende, ils étaient 70 et ils fourniront tous une traduction identique qu’on appellera la Septante (qu’on note LXX) et qui sera la Bible lue et citée par Jésus et les apôtres. C’est aussi d’après elle que nous classons les livres de notre Ancien Testament dans cet ordre (différent de celui dans la version hébraïque).

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Mais en 175, Antiochus IV Epiphane, un roi séleucide va pousser l’hellénisation à son paroxysme en sacrifiant des animaux impurs et en construisant un autel à Zeus à l’intérieur du temple de Jérusalem et en interdisant la circoncision. Il faut noter que beaucoup de juifs (qu’on pourrait qualifiés de libéraux) sont favorables à ces mesures. Mais d’autres, les pieux, entrent en résistance passive soit en fuyant, soit en se faisant massacrer.

Révolte hasmonéenne puis indépendance

En (166), un prêtre nommé Matthatias tue un fonctionnaire venant dans son village pour s’assurer que les sacrifices païens se font. Ensuite il s’enfuit avec ses 5 fils et d’autres mécontents pour éviter les représailles. Va alors commencer une période de révolte menée par les hasmonéens (car Matthatias était fils d’Hasmon).

Après la mort de Matthatias, c’est son fils Judas qui va reprendre le flambeau. Sa méthode : la guerilla. On va le surnommer Maccabée, mot qui vient probablement de « Marteau » pour signifier son ardeur au combat. Il remporte plusieurs victoires face aux troupes séleucides. Puis, comme plusieurs fois par la suite, les révoltés vont profiter de problèmes internes dans le royaume séleucide. Occupées à défendre leurs frontières, les troupes séleucides sont obligées de signer un accord avec Judas avant de partir. Judas Maccabée va profiter de cette trêve pour rentrer à Jérusalem et nettoyer, re-consacrer le temple en 164 : c’est la fête de Hanukkah ou des dédicaces ( à laquelle Jésus participe en Jean 10.22). Lui et son frère Simon vont aussi en profiter pour combattre l’Hellénisme et secourir les communautés juives dans les provinces voisines. Au fil des années, la dynastie hasmonéenne conquiert de plus en plus terrain, jusqu’à atteindre les frontières de Salomon comme le montrent la comparaison ci-dessous :

L’apogée hasmonéenne est atteinte avec Jean Hyrcan (rouge vif) qui est le quasi roi d’un royaume indépendant et qui fait jeu égal avec ses voisins. Comme il est extrêmement fort et que la reconquête juive semble inarrêtable, il va vers 108 détruire le temple samaritain, construit 2 siècles plus tôt, ce qui n’arrangera pas les rapports entre les deux peuples !

Différents blocs s’opposent

Si au début de leur histoire les hasmonéens s’illustrent par leur courage face aux oppresseurs grecs, ils vont ensuite faire preuve d’un réalisme froid. En effet, ils n’hésitent pas à cumuler les charges de Grand-prêtre et de quasi-roi (chose absolument interdite dans la loi de Moïse !) pour avoir tous les pouvoirs ou à assassiner (ou emprisonner) les membres de leur famille pour le prendre ! Autre moyen de parvenir à ses fins : faire des alliances opportunes, notamment avec différents groupes religieux que nous retrouverons à l’époque de Jésus :

Voici quelques exemples de liaisons dangereuses entre les hasmonéens et des partis religieux :

  • Jean Hyrkan, qui a été l’élève des pharisiens (sa femme est la soeur d’un chef pharisien), va finalement adhérer au parti sadducéen quand les Pharisiens lui reprocheront de réunir en un seul homme la fonction de chef politique et militaire et de Grand Prêtre.
  • Alexandre Jannée (fils d’Hyrkan) fait massacrer 6000 juifs qui, sous l’instigation des pharisiens, manifestent contre son intronisation officielle comme roi et Grand-Prêtre. Après 9 ans de guerre les pharisiens appellent alors le roi séleucide qui bat Alexandre mais craignant qu’il reproduise les actes d’Antiochus IV, ils le lâchent et celui-ci repart. Alexandre sort alors de sa tanière et fait crucifier 800 pharisiens après avoir massacré toute leur famille sous leurs yeux. En tout, 50000 juifs périront dans cette guerre civile.
  • Les pharisiens sont ensuite associés au règne de Salomé et prennent la majorité au Sanhédrin (Grand Conseil juif) au dépens des saducéens.
  • La succession de Salomé va être disputée par ses 2 fils : Aristobule II (soutenu par les saducéens) et Hyrcan II (soutenus par les pharisiens). Aristobule va l’emporter mais Hyrcan va chercher de l’aide auprès de l’iduméen Antipater et du roi nabatéen qui assiègent Jérusalem.

La prochaine fois, nous verrons comment Hérode va profiter de cette instabilité politique et de l’arrivée des romains pour tirer son épingle du jeu et façonner le monde de Jésus.

Pour aller plus loin :

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